Nos coups de cœur pour 2019

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Nos coups de cœur pour 2019

(Blogmensgo, blog gay du 10 janvier 2019) On ne saurait ici considérer l’ensemble du millésime 2019, puisque l’année commence à peine. Évoquons plutôt quelques-uns des coups de cœur de 2018 que l’on suggère à nos lecteurs d’explorer en cours d’année 2019. Mes coups de cœur étant plutôt – voire exclusivement – de nature littéraire, j’y adjoins ci-après les coups de cœur des blogueurs de MensGo en anglais (Frank), espagnol (Carlos), italien (Giorgio), allemand (Wolfgang) et portugais (brésilien) (Jason).

Une littérature dure à queer

Je défie Frank, Carlos, Giorgio, Wolfgang et Jason de traduire le titre ci-dessus d’une manière intelligible.
Calembour à part, trois de mes lectures récentes portaient – et c’est là une simple coïncidence temporelle – sur des thématiques explicitement LGBT.

Le corps est une chimère, de Wendy Delorme

Mais qu’est-ce qui a bien pu m’inciter à ouvrir ce livre ? Je n’en connaissais que de nom l’éditeur (Au diable vauvert) et l’autrice (Wendy Delorme). Envie de découvrir le premier afin d’en comparer la réputation flatteuse avec mon propre ressenti, et de découvrir la seconde sur la foi d’une fiche Wikipédia suggérant une écrivaine qui n’hésite pas à questionner la sexualité, le genre, la filiation et la relation amoureuse.

Le corps est une chimère

© audiable.com

Wendy Delorme ne correspond pas à mes habitudes de lecture. Elle raconte des histoires d’une manière assez académique (sur des sujets qui le sont beaucoup moins) et sans trop bousculer les schémas narratifs (son roman, compréhensible par tous, est d’une lecture aisée). Alors, pourquoi donc poursuivre la lecture d’un bouquin plutôt grand public, sans recherche stylistique particulière et dont la narration ne nécessite aucun effort véritable de la part du lecteur ?

La réponse tient en deux mots : style et empathie.

Le style de Wendy Delorme brille certes par l’absence de recherche stylistique à tout crin (rien à voir avec le modernisme ou le postmodernisme), mais sa phrase est d’une fluidité absolue, celle de l’autrice qui maîtrise son art à la perfection et non pas celle d’une quelconque scribouillarde tout juste capable d’aligner des phrases blanches sans aspérités.

L’empathie évidente de Wendy Delorme, c’est celle de la créatrice pour ses créatures. Avec pour valeur ajoutée une volonté systématique de choquer les imbéciles sans en avoir l’air. Ou, plus précisément, de choquer les adeptes de la Manif pour tous en impliquant les personnages dans des situations et des tranches de vie à faire pâlir tous les homophobes. Ainsi voit-on évoluer non pas un seul couple homosexuel, mais deux couples lesbiens mariés et unis par un amour sans faille. Je passerai sous silence les rebondissements narratifs des dernières scènes du livre, qui – s’il en était besoin – portent l’exécration de l’étouffante hétéronormativité et la banalisation de situations queers à un niveau supérieur.

Dire que j’ai aimé ce livre serait peu conforme à la vérité. Ce livre, je l’ai adoré ; j’ai adoré le lire malgré son éloignement de mes lectures habituelles, et j’en recommande la lecture à tous les gens qui me lisent ou avec qui je discute.

Le corps est une chimère, de Wendy Delorme. Au diable vauvert, 2018, 280 pages, 18 € (papier) ou 9,99 € (en numérique sans DRM).

Modern Drama: Plays of the ’80s and ’90s (Methuen Drama)

J’avais acheté cette anthologie théâtrale à vil prix chez un bouquiniste, avant tout pour Shopping and Fucking, de Mark Ravenhill. Cette pièce de 1996 valut à Ravenhill d’entrer illico dans le panthéon des auteurs associés au In-yer-face theatre (Théâtre coup-de-poing), courant dramaturgique dont le nom livre un aperçu du contenu.

Modern Drama

© bloomsbury.com

Dans la pièce de Ravenhill, un mineur se fait lécher l’anus sur scène par un jeune adulte qu’incommodent les saignements rectaux, puis ce même mineur gay se fait enculer, sur scène aussi. La pièce parle également de VIH et de prophylaxie (ou plutôt de son absence), à une époque où les trithérapies et la PrEP restaient à inventer.

Cédant à un trouble obsessionnel, j’ai lu les cinq pièces dans l’ordre que leur assigne l’anthologie. Bien m’en a pris, car je serais passé à côté de quatre chefs-d’œuvre si je m’étais contenté de lire Ravenhill. J’ai certes beaucoup aimé la pièce de Mark Ravenhill, mais j’ai encore plus aimé les quatre autres pièces. Deux d’entre elles (Blasted de Sarah Kane et The Beauty Queen of Leenane) appartiennent d’ailleurs au répertoire in-yer-face. Dans le genre comique, l’Hysteria de Terry Johnson (qui met en scène Sigmund Freud et Salvador Dalí) est à pisser de rire. Et dans le genre rentre-dedans, Sarah Kane propose des scènes de masturbation, de fellation, de viol (implicite) et de cannibalisme.

Outre les actions suggérées, simulées ou effectuées, les pièces de Sarah Kane (1995) et Mark Ravenhill (1996) avaient suscité la controverse à l’époque. On les considère aujourd’hui comme des classiques. Les temps ont sans doute changé, mais ni l’homophobie (présente à travers un personnage imaginé par Kane) ni le VIH n’ont encore disparu.

« Qu’est-ce que la littérature homosexuelle ? », de Patrick Mimouni

Le webzine La règle du jeu est surtout connu pour ses têtes d’affiche que sont Bernard-Henri Lévy, Yann Moix et Fernando Arrabal. J’y trouve plus souvent matière à lecture grâce aux « seconds couteaux » de ce magazine intello. Par exemple Patrick Minouni, qui consacre une série de trois articles à la question « Qu’est-ce que la littérature homosexuelle ? » et nous entretient surtout, dans les deux premiers textes, d’Honoré de Balzac. Ça tombe bien, Balzac est l’un de mes écrivains préférés.

Qu'est-ce que la littérature homosexuelle ?

© laregledujeu.org

Difficile d’évoquer tout ce que raconte Mimouni, puisque je n’ai encore lu que le premier volet de son triptyque. On y évoque l’homosexualité non pas frontalement de Balzac lui-même (il était bisexuel), mais à travers les personnages de la Comédie humaine. Le troisième volet se consacre à des classiques plus contemporains, ou plutôt à leurs œuvres : Huysmans, Wilde, Henry James, Proust et Genet. On ne saurait en déconseiller la lecture, et le premier volet me laisse penser que j’apprendrai encore bien des choses dans les deux volets suivants et dans les autres textes de Patrick Mimouni publiés par La règle du jeu, notamment son abondante production consacrée à Marcel Proust.

 

Sport : le coup de cœur de Jason pour 2019

Sur un tatami : que des coups ! En dehors du tatami : que des bisous ! Telles sont les relations entre la judoka française Amandine Buchard et son homologue allemande Nieke Nordmeyer.

Que des coups, on s’en aperçoit dans cette vidéo de leur combat en quart de finale du Championnat d’Europe des moins de 52 kg. Amandine (kimono bleu) s’est imposée face à Nieke (kimono blanc), peu avant d’être sacrée championne d’Europe, en février 2017.

Que des bisous, les gens qui ont assisté à son mariage, le 3 août 2018, ont pu s’en apercevoir. Les deux mariées avaient pour nom Amandine Buchard et Nieke Nordmeyer. Deux mois et demi plus tard, Amandine révélait son homosexualité dans une interview au Parisien.

Le texte de l’interview est fort intéressant. On y apprend qu’il y a beaucoup de lesbiennes parmi les judokas de haut niveau et que l’officialisation par Amandine de son homosexualité n’a pas surpris ni choqué grand-monde dans ce milieu-là.

« Pourquoi s’enfermer [dans le placard] alors qu’on peut être libre et heureux ? » C’est ainsi notre blogueur brésilien Jason salue la décision d’Amandine et qu’il en fait son coup de cœur pour 2019, en espérant que d’autres sportifs de haut niveau sauront trouver la liberté et le bonheur.

Et à propos de bonheur : « Nous aurons recours à la PMA et je porterai notre enfant » après les Jeux olympiques de Paris-2024, confie Amandine Buchard au Parisien. Tous nos vœux l’accompagnent.

 

Cinéma : les coups de cœur de Wolfgang, Frank-S et Giorgio pour 2019

Nos blogs en allemand et en anglais sont tenus respectivement par Wolfgang et Frank-S, dont on sait – ou pas – qu’ils sont très proches dans la vraie vie. Pas étonnant, alors, qu’ils aient tous les deux choisi un film de cinéma.

Le choix de Wolfgang concerne le milieu sportif, mais cette fois-ci le football masculin. « J’aime beaucoup ce film », explique Wolfgang en omettant de préciser qu’il n’est pourtant pas féru de football. Mais dans le film Mario, de Marcel Gisler, il y a justement… Mario.

D’où la dilection de Wolfgang pour ce film sorti en 2018. En voici la bande-annonce dans sa version originale allemande – ou plutôt suisse-allemande.

Frank-S motive son propre choix du film Call Me By Your Name (dont on avait un peu parlé ici) par un banal « Ouais, c’est super. »

Le film de Luca Guadagnino n’aura certes obtenu qu’un seul oscar (meilleure adaptation), mais il a récolté une cinquantaine de trophées lors de compétitions, de festivals et de prix annuels. C’est peut-être un indice.

Raison de plus pour en regarder la prometteuse bande-annonce en anglais…

Notre blogueur italien Giorgio nous propose lui aussi un coup de cœur cinématographique, mais sans mentionner son compatriote Luca Guadagnino ni choisir un événement passé. Bien au contraire, c’est du Lovers Film Festival de Turin qu’il nous parle.

Lovers Film Festival

L'affiche de l'an dernier © loversff.com

C’est le cinéma Massimo de Turin qui accueillera, du 24 au 28 avril 2019, la 34e édition de cet événement cinématographique LGBT.

J’ai toujours aimé le Lovers Film Festival, le plus grand festival de films LGBT en Italie. L’édition 2019 promet d’être encore meilleure !
Giorgio, Blog gay di MensGo

 

Chanson : le coup de cœur de Claude-André pour 2019

Un traquenard, et pour deux raisons.

La première raison, nous dit Claude-André, chef suprême ô combien vénéré de MensGo et de ses six blogs, c’est que cette « superbe chanson propose une vidéo à tomber ». La page YouTube ci-dessous confirme le côté « à tomber », avec deux jeunes gars aussi craquants l’un que l’autre embarqués dans une histoire où finissent par se confondre les frontières de l’amour et de l’amitié.

La vidéo ci-dessus s’intitule « Me muero por conocerte » (Je meurs d’envie de te rencontrer) et s’accompagne d’une mention « gay themed ». Un traquenard là aussi, car vérification faite, le titre est faux et la chanson originale est une ritournelle… hétéro.

De fait, la chanson originale a pour titre « Sin miedo a nada » (Sans craindre quoi que ce soit) et figure dans l’album ¿Qué pides tú? du chanteur espagnol Álex Ubago, accompagné ici par sa compatriote Amaia Montero.

Cela dit, les paroles peuvent aussi bien s’entendre en version « mariage pour tous » qu’en version « un garçon et une fille ». D’où l’idée, astucieuse, de garder le son et de remplacer l’image par un clip gay.

Pour les ceusses que ça intéresserait, voici le clip – hétéro – officiel.

Où l’on constate que non seulement le clip hétéro propose des images assez quelconques pour ne pas dire nullardes, mais qu’en plus le grain de l’image, le choix des prises de vues et le manque d’étalonnage suggèrent un amateurisme peu flatteur pour un groupe aussi puissant que Warner.

Bref, merci à Claude-André de m’avoir remis à l’esprit le nom des interprètes de cette chanson si souvent diffusée à la radio.

Philca / MensGo

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