Homophobie au Sénégal et à Dubaï : mêmes effets, mêmes causes ?

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Homophobie au Sénégal et à Dubaï : mêmes effets, mêmes causes ?

(Blogmensgo, 1er septembre 2008) Un tribunal de Dakar (Sénégal) a condamné, le 21 août 2008, deux sexagénaires à deux ans de prison ferme pour « mariage homosexuel et actes contre nature ». Les deux prévenus nient toute relation homosexuelle. Ils affirment que leur mariage gay, contracté en Belgique avant leur retour au Sénégal, était un subterfuge trouvé par le Belge Richard Lambot pour faire obtenir un titre de séjour en Belgique au Sénégalais Moustapha Guèye.

Homosexuels ou pas, les deux hommes payent par leur liberté un tribut à la vague d’homophobie qui sévit au Sénégal depuis février dernier. Ce mois-là, un quotidien populaire avait consacré un dossier à un mariage gay clandestin, incitant la population à se déchaîner contre des boucs émissaires tout désignés. Il s’est ensuivi une chasse à l’homosexuel et d’innombrables violences exercées à l’encontre de la population gay sénégalaise.

Photo d'Abdoulaye Wade

Le président sénégalais Abdoulaye Wade : le sort des homosexuels, il s'en lave les mains. © Service photo de l'Élysée / D. Noizet.

Les conséquences sanitaires ont été particulièrement dramatiques, obligeant de nombreux homosexuels sidéens à interrompre leur traitement médical ou à s’exiler temporairement. Sur ce sujet, lire l’excellent reportage du réseau onusien Irin.

À Dubaï, la justice a condamné, en appel comme en première instance, deux étrangères à une expulsion précédée d’un mois de prison pour s’être embrassées sur une plage publique en avril 2008. La Bulgare de 36 ans et la Libanaise de 30 ans se sont « embrassées, câlinées et adonnées à des actes indécents », selon l’acte d’accusation.

Comme les deux sexagénaires au Sénégal, les deux trentenaires ont plaidé non coupable dans l’émirat. On pourrait affirmer que les deux affaires sont quasi similaires et qu’elles dénotent une homophobie au quotidien qui ne dit pas son nom.

Ces deux affaires sont pourtant beaucoup plus dissemblables qu’elles n’en ont l’air, malgré le double point commun de l’homophobie et de la religion.

Dubaï est un émirat officiellement musulman. Le Sénégal, où près de 95 % de la population est musulmane, demeure un État laïc. Sous couvert de religion, Dubaï proscrit l’homosexualité et l’assimile plus ou moins à la prostitution. Si l’homosexualité est théoriquement passible de sanctions pénales au Sénégal, les poursuites effectives y sont assez rares et les homosexuels, d’une manière générale, ne sont pas inquiétés tant qu’ils restent discrets. La récente condamnation d’un Sénégalais et d’un Belge par la justice sénégalaise visait moins à réprimer l’homosexualité qu’à sanctionner un mariage gay. Et la différence n’est pas que de pure forme.

Quant au vent d’homophobie qui souffle depuis quelques mois au Sénégal jusqu’à y entraîner des quasi-pogroms et une psychose parmi la population homosexuelle, on peut affirmer que ce vent n’est pas soufflé par le président Abdoulaye Wade ni par son gouvernement. Wade préfère adopter une posture de Ponce Pilate – d’où une impunité de fait dont profitent certains excités. Malgré les apparences, cette homophobie n’est pas non plus dictée d’une manière prédominante par des considérations religieuses. L’islam du Sénégal est beaucoup plus tolérant que celui de Dubaï, même si certains extrémistes tentent de le radicaliser.

Hasardons l’hypothèse que l’homophobie à la sénégalaise est sociétale : elle trouve son origine dans la pauvreté et dans ses deux corollaires, le manque d’information et le besoin de trouver des boucs émissaires. Le meilleur moyen d’y mettre un terme, pensons-nous, serait de contribuer à l’enrichissement du Sénégal plutôt que de boycotter cette destination.

Au contraire, l'homophobie est d'essence politico-religieuse dans le richissime émirat de Dubaï, qui souhaite devenir encore plus riche en s’ouvrant au tourisme. Grand bien lui fasse – mais ce sera sans nous.

Philca / MensGo
(Sénégal via Irin du 25 août et Le Figaro du 25 août, Dubaï via TF1 du 31 août 2008)

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