Têtu de nouveau en liquidation judiciaire

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Têtu de nouveau en liquidation judiciaire

(Blogmensgo, blog gay du 12 avril 2018) Le repreneur du magazine gay Têtu et du site tetu.com est en liquidation judiciaire depuis le 22 février 2018, selon une information de Hornet reprise par 360°. Le tribunal de commerce avait ordonné la liquidation judiciaire du précédent propriétaire en juillet 2015. Les actifs du groupe – financé par Pierre Bergé depuis 1995 puis cédé en 2013 pour un euro symbolique à Jean-Jacques Augier – avaient alors été repris par la société Idyls, qui en était aussi le prestataire informatique et avait ensuite redirigé son site idyls.com vers tetu.com.

En 2016, l’activité éditoriale du groupe Têtu (y compris tetu.com) était prise en charge par une nouvelle société, Idyls Media. Les deux entreprises, qui avaient pour siège social une même adresse dans le troisième arrondissement de Paris et employaient chacune « un à deux salariés », ont donc été placées en liquidation judiciaire le même jour, selon les sites societe.com et verif.com. Julien Maquaire, cofondateur d’Idyls et fondateur d’Idyls Media, avait abandonné ses fonctions dirigeantes et quitté le groupe dès le 5 juillet 2017.

communiqué Têtu

Le 14 novembre 2017, Têtu publiait un communiqué étrange et inquiétant… ©tetu.com

Après le rachat du groupe Têtu en novembre 2015, le redémarrage avait été progressif, avec d’abord un retour du site web fin décembre 2015, puis un retour de la version papier en février 2017. Le mensuel gay avait alors opté pour une périodicité bimestrielle. Un an plus tard, seuls trois numéros ont vu le jour au format papier.

Un quatrième numéro – qui fut aussi le dernier – avait fait l’objet d’une publication exclusivement en numérique, à la mi-novembre 2017, plus de deux mois après la mort de Pierre Bergé. La parution de ce numéro était annoncée par un étrange communiqué, à mi-chemin entre le cri de victoire et le chant du cygne.

Si 2016 était l’année de la renaissance pour TÊTU, 2018 doit être celle de la conquête dans un paysage médiatique français en pleine ébullition.
(La direction de Têtu, 14 novembre 2017)

Malgré l’autosatisfaction habituelle à ce genre de communiqués, la deuxième phrase en livrait implicitement la clé, beaucoup plus pessimiste, par le truchement d’une formulation maladroite : « Nous avons accompagné le titre aussi loin que nous le pouvions et sommes très fiers du travail accompli […] » (c’est moi qui souligne).

La commercialisation à prix excessif d’une publication numérique sur un support peu adapté aux lecteurs exigeants, et son absence des kiosques virtuels français et internationaux les plus connus, tels étaient les deux indices tangibles d’un destin dont l’issue semblait proche.

Aujourd’hui, le site tetu.com reste en ligne, mais le dernier article – qui porte la signature du rédacteur en chef, Adrien Naselli – date du 5 mars 2018.

Garçon Magazine

Y a-t-il encore de la place pour des magazines gays payants et en version papier ? Garçon Magazine veut le croire. ©garcon-magazine.com

Les actifs du groupe en liquidation se limitent par conséquent à un titre de presse au passé glorieux, mais dont la version papier n’a pas su retrouver durablement le chemin des kiosques et dont une version numérique n’a connu qu’un seul numéro. Autrement dit, il reste surtout la marque Têtu, le site tetu.com et peut-être les archives du prestigieux groupe de presse.

On ignore si des offres de reprise ont été déposées, quel périmètre elles englobent et quels investissements elles mobiliseront.

Selon une dépêche de l’AFP reprise par le HuffPost, le groupe Idyls était endetté à hauteur de 230.000 euros et ses perspectives commerciales ne justifiaient pas un maintien de l’activité éditoriale. La différence avec l’ère Bergé, c’est que le milliardaire épongeait les pertes du magazine gay sur sa cassette personnelle.

Les lecteurs français perdent avec Têtu un titre emblématique de la presse gay, qui avait lui-même succédé au non moins emblématique Gai Pied. Rares sont les magazines gays dont il subsiste une version papier. Créé en novembre 2015, vendu à la fois en version papier et en PDF, le bimestriel Garçon Magazine a inauguré une « nouvelle formule » en novembre 2017. Le mensuel Hétéroclite, créé en avril 2006, existe à la fois en version papier et au format PDF, ces deux versions étant diffusées gratuitement, soit par mise à disposition de la version papier (en particulier à Lyon), soit par téléchargement.

Hétéroclite

Hétéroclite est « gay, mais pas que… » et reste gratuit. ©heteroclite.org

Les deux liquidations judiciaires successives de Têtu font suite à de profondes mutations de la société et du lectorat. La légalisation du mariage gay en France n’a pas seulement satisfait la revendication LGBT la plus fédératrice, elle est intervenue à une période où les contenus numériques – en particulier gratuits – devenaient plus omniprésents que jamais grâce à internet, entraînant ainsi une atomisation du lectorat. Y a-t-il encore de la place pour des magazines LGBT francophones payants en version papier ? et en version numérique ? L’avenir le dira.

Philca / MensGo

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