Le théâtre serait-il enfin devenu LGBT-friendly ?

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Le théâtre serait-il enfin devenu LGBT-friendly ?

(Blogmensgo, blog gay du 11 septembre 2018) Depuis quelques années, chaque nouvelle saison théâtrale propose ici ou là une production à thématique plus ou moins LGBT. Je m’aperçois, en consultant plusieurs programmes pour la saison 2018-2019, que la tendance se généralise et qu’elle ne concerne pas que des productions à public restreint, loin s’en faut. Il y avait bien eu autrefois des productions aussi marquantes que Love! Valour! Compassion! de Terrence McNally en 1994 ou Angels in America de Tony Kushner en 1993, mais c’étaient là des gouttes d’homophilie dans un océan d’homophobie – et je classe les soi-disant comédies, comme La Cage aux folles de Jean Poiret, dans le kitsch à relent homophobe. Quoi qu’il en soit, je constate qu’aujourd’hui les directeurs de théâtre n’hésitent plus à programmer des spectacles ostensiblement gays, lesbiens, trans ou friendly, les metteurs en scène à les mettre en scène, les acteurs à les interpréter et le grand public à venir les applaudir. On trouvera ci-après quelques-uns des spectacles de la rentrée 2018-2019 qui ont attiré mon regard.

Avignon 2018 : chaud, homo et trans

Il faisait trop chaud cet été pour que je prennent le temps – et la sueur, devant un ordinateur transformé en couverture chauffante ! – d’évoquer le millésime 2018 du Festival d’Avignon. La manifestation est dirigée par le dramaturge français Olivier Py, qui ne cache ni son catholicisme ni son homosexualité, bien au contraire.

Olivier Py

Olivier Py, à la une de Transfuge. ©transfuge.fr

J’ignore si la programmation de cette année avait des accents mystiques et religieux à Avignon. En revanche (simple coïncidence ?), les pièces et spectacles à connotation LGBT, pour le in comme pour le off, m’ont paru proportionnellement assez nombreux et ont joui d’une belle exposition médiatique. Le festival est fini et je n’y suis pas allé, ce qui me dispense d’en énumérer les spectacles à voir.

Le Sénèque de Thyeste revisité par Thomas Jolly

L’une des têtes d’affiche à Avignon n’était autre que le Thyeste de Sénèque, dans une mise en scène de Thomas Jolly reprenant la somptueuse traduction de Florence Dupond – qui a traduit toutes les pièces de cet auteur dans un volume de l’excellente collection Thésaurus, chez Actes Sud ; je l’avais acheté pour Phèdre et c’est Thyeste qui m’a le plus emballé.

Thomas Jolly

Thomas Jolly, à la une de Télérama.©telerama.fr

A priori, la pièce n’a rien à voir avec l’homosexualité. Sauf que c’est l’acteur et metteur en scène Thomas Jolly qui s’est chargé de la faire revivre dans la touffeur avignonnaise. Dans une interview à Télérama, Jolly disait ceci, à valeur très personnelle mais tellement universelle :

J’étais arrivé à l’école et au collège sans crainte, mais les moqueries ont commencé. Mes parents ne m’avaient pas enseigné les codes, ils avaient laissé s’épanouir ma part féminine. « Pédale » ? Je ne savais même pas ce que ça voulait dire. J’ai résisté comme j’ai pu au harcèlement, au racket. La souffrance des enfants, je connais. Alors je me suis inventé un monde.
(Thomas Jolly, dans Télérama du 30 juin 2018)

Je ne résiste pas à citer ici un apophtegme de Thomas Jolly :

C’est quand la pensée est arrêtée que la violence surgit.
(Thomas Jolly, dans Télérama du 30 juin 2018)

Phia Ménard et Mathilde Daudet, transgenres à la ville comme à la scène

Le même numéro spécial Avignon de Télérama, entre autres dramaturges ou spectacles à thématique LGBT, évoquait Saison sèche de l’artiste transgenre Phia Ménard, qui disait notamment ceci :

Je n’ai choisi ni mon sexe, ni ma couleur, ni d’être hétéro, homo ou trans. Dans ces conditions-là, il faut accepter que chacun se développe à sa manière et pour le bien de la société, plutôt que mettre l’individu dans une case où il cultivera son malaise.
(Phia Ménard, dans Télérama du 30 juin 2018)

Et sur le même sujet, la très belle phrase de l’autrice transgenre Mathilde Daudet, dont le récit autobiographique Choisir de vivre fait aujourd’hui l’objet d’une adaptation théâtrale :

La transition de genre est un tamis à cons : seuls les meilleurs restent après avoir vu la créature…
(Mathilde Daudet, dans Télérama du 30 juin 2018)

A priori sans lien avec la thématique du blog, la dramaturge Pauline Bureau, commentant sa pièce Mon Cœur (qui évoque le scandale du Mediator), livre cette phrase que l’on transposera volontiers à un concept dont le nom commence par pla et se termine par card :

Plus on parle de ce dont il est difficile de parler et plus on se rend compte que la honte est commune et qu’elle peut s’évanouir une fois nommée.
(Pauline Bureau, dans Théâtre(s), été 2018)

Change Me, rencontre à trois autour de la transidentité

Quel rapport y a-t-il entre le poète latin Ovide, l’écrivain français de la préciosité Isaac de Benserade et l’homme transgenre américain Brandon Teena ? La transidentité, d’une naissance féminine à une identité masculine dans les trois cas. Et chez Ovide et Benserade, l’homosexualité féminine.

Dans leur mise en scène, Camille Bernon (elle fait partie des interprètes) et Simon Bourgade entremêlent des références d’une part au mythe d’Iphis et Ianthé, né dans Les métamorphoses d’Ovide (livre IX, vers 666-797) et repris par Isaac de Benserade dans sa comédie Iphis et Iante (sic), d’autre part à la vie de Brandon Teena (mort violé et assassiné en 1993 à l’âge de 21 ans), à travers des éléments empruntés au documentaire The Brandon Teena Story de Susan Muska and Greta Olafsdottir plutôt qu’au biopic Boys Don't Cry de Kimberly Peirce.

En voici un teaser filmé par une caméra qui bouge beaucoup – et presque trop…

Tout ça pour dire que, malgré les apparences, il ne s’agit peut-être pas de l’une de ces innombrables pièces de « théâtre documentaire » sans relief ni recul, mais que la juxtaposition d’éléments historiquement et géographiquement hétéroclites promet d’être porteuse de sens.

Très envie de voir cette pièce, par exemple le 22 novembre 2018 au nouveau théâtre de Cachan, et cela avant même d’en lire des critiques (ici ou ici).

Voici un second teaser, moins remuant mais avec une diction en rafale qui nécessite là aussi de prêter plus qu’une oreille :

On peut voir aussi Change Me au théâtre Paris-Villette, les 26 et 27 septembre 2018.

Aux deux teasers vidéo, je préfère nettement la très belle photo de presse piquée sur le site du théâtre de Cachan…

Change Me (photo de presse)

Change Me. Les temps changent – les gens aussi. ©theatrejacquescarat.fr

Update du 30 novembre 2018. De fait, la photo de presse montre Camille Bernon elle-même, dans une baignoire que l’on retrouve en première et dernière scènes de Change Me. Dans la première scène, l’actrice se dénude à moitié près de la baignoire et se ceint les seins d’une bande visant à lui aplatir la poitrine avant qu’elle n’enfile un vêtement de sport unisexe. Dans la dernière scène, la dépouille d’Axel – qu’incarne l’actrice, cette fois-ci entièrement nue – est enduite d’un onguent mortuaire aux reflets proches de l’arc-en-ciel, tandis que son personnage et celui de sa mère déclament des alexandrins d’Isaac de Benserade.

Ce que je présumais en avant-papier s’est produit sur le plateau. Non, la pièce de Camille Bernon et Simon Bourgade ne s’inscrit pas tout à fait dans la veine du « théâtre documentaire » si omniprésent dans le théâtre contemporain. Ni juste pour un public d’ados, bien qu’elle en adopte la plupart des codes. C’est beaucoup mieux que cela. C’est aussi plus culturel : un peu comme la pièce Wit, dans laquelle Margaret Edson juxtapose le centre de soins palliatifs où une universitaire vit ses derniers et l’œuvre du poète métaphysique John Donne dont l’universitaire est une grande spécialiste. Sauf que Change Me est une pièce de facture plus hybride, plus dynamique et plus inventive que Wit, grâce à une mise en scène sophistiquée servie par une scénographie astucieuse et des interprètes inspirés.

Résultat, ce n’est ni du théâtre documentaire malgré une scène extraite justement d’un documentaire sur Brendon Teena, ni un répertoire « classique » malgré les alexandrins de Benserade, ni un happening improvisé tant la mise en scène est parfaitement maîtrisée.

Telle fut ma première surprise : que des éléments aussi hétéroclites pussent devenir les prolongements naturels l’un de l’autre sans que le public trouvât cela artificiel. Le nombreux public, justement, fut pour moi l’une des grandes surprises de la soirée : non seulement les 200 places de la petite salle – il y en a une autre plus grande dans le théâtre de Cachan – étaient toutes occupées, mais en plus on y remarquait une forte minorité de jeunes d’une petite vingtaine d’années.

Le nombreux et jeune public a longuement applaudi la troupe de la compagnie Mauvais Sang, créée en 2016 par Camille Bernon et Simon Bourgade spécialement pour créer leur pièce Change Me (source). Les applaudissements se dirigeaient surtout vers les deux interprètes qui ont mis le feu aux planches : Camille Bernon, extraordinaire et très crédible en garçon transgenre sans aucune outrance dans le jeu, aussi à l’aise avec un smartphone en main et tout habillée que toute nue pour déclamer des alexandrins ; et le très athlétique Baptiste Chabauty, qui attirait la lumière par sa seule présence et semblait habité par son rôle.

Autant je conçois volontiers que Change Me ait été surtout conçu pour la scène du Théâtre de la Tempête, avec 17 représentations en mai et juin 2018 (source), autant je ne comprends pas que le théâtre Jacques-Carat de Cachan n’ait programmé cette pièce que pour une seule et unique soirée. Quand on sait qu’il a fallu – entre autres – faire entrer sur scène une vraie automobile et que le public était manifestement séduit, une telle frilosité de programmation m’apparaît incompréhensible.

Quoi qu’il en soit, Change Me fait partie de ces spectacles qui, sans en avoir l’air, c’est-à-dire sur un mode quasi ludique, s’ingénient à « éduquer » le public en faisant appel à son imaginaire plus qu’à sa raison pour lui faire comprendre ce qu’a de raisonnable une « démarche » comme celle d’Alex (le garçon trans qu’incarne Camille Bernon), qui veut vivre dans le corps que lui offre son esprit, plutôt que vivre dans un corps que lui impose une société sans esprit.

La pièce ne se présente ni comme un plaidoyer (le personnage principal se contente de vivre, d’agir et de réagir d’une manière parfaitement normale, comme n’importe qui d’autre, et c’est là le meilleur moyen de banaliser la transidentité), ni comme un tour de force littéraire (heureusement, car primo le verbe de Benserade ne possède pas le brillant cornélien ni la beauté racinienne, malgré quelques rares morceaux de bravoure, et car secundo Camille Bernon est beaucoup plus à l’aise dans la déclamation de Benserade que sa partenaire Pauline Bolcatto, laquelle propose par ailleurs une interprétation mémorable dans un double rôle), ni comme une banale pièce de théâtre documentaire, ni comme un réel happening malgré le côté déjanté de l’interprétation – ça fume des pétards et ça boit des trucs pas clairs – et surprenant de la mise en scène.

C’est peut-être, en définitive, le refus de se laisser enfermer dans un genre ou dans une catégorie qui fait toute la force de cette pièce – laquelle gagnerait à être vue par un public beaucoup large que celui d’une petite salle cachanaise.

Au fait, on peut encore voir Change Me les 2 et 3 avril 2019 au Nord-Est Théâtre de Thionville. Qui plus est, à un prix tout doux : 10 € pour les adultes et 5 € pour les jeunes. Il faudra juste se trouver dans la sous-préfecture de la Moselle ce soir-là. Fin de cette longue update.

 

Un couple homo dans la comédie musicale Company

Qui se souvient de Company, la comédie musicale du compositeur et parolier américain Steven Sondheim sur un livret de George Furth ? Moi non plus. Ce spectacle fait aujourd’hui l’objet d’une reprise au Royaume-Uni, avec parmi les personnages un couple gay… qui ne figurait pas dans la version originale de 1970.

Marianne Elliott a proposé une adaptation du spectacle qui n’a d’abord pas eu l’heur de plaire à Steven Sondheim. Mais Sondheim, selon Wikipedia, s’est finalement montré enthousiaste après avoir vu des extraits des répétitions de son œuvre ainsi modifiée.

Il faut dire que la directrice de théâtre britannique a proposé des modifications peu banales. C’est ainsi que le personnage de Bobby est remplacé par un personnage féminin, Bobbi, qu’interprète Rosalie Craig. D’une manière encore plus audacieuse encore, le personnage d’Amy est remplacé par Jamie (Jonathan Bailey), mais avec le même fiancé, Paul (Alex Gaumond).

Le couple hétéro se fait par conséquent remplacer, dans la version du West End londonien, par un couple homo. Mieux encore, Sondheim a retravaillé le scénario et les paroles, en collaboration avec Elliott, afin que le public puisse applaudir aussi un couple de même sexe au Gielgud Theatre, où la comédie musicale est programmée du 26 septembre jusqu’au 22 décembre 2018.

Notons au passage que Marianne Elliott a coproduit cette année un monument du répertoire LGBT, en l’occurrence la pièce Angels in America de Tony Kushner.

La comédie Oklahoma! revient en mode LGBT

Soixante-quinze ans après sa création aux États-Unis, la comédie musicale Oklahoma!, écrite par Oscar Hammerstein II – d’après une pièce de Lynn Riggs – et composée par Richard Rodgers, fait l’objet de deux reprises étonnamment différentes de la production originale.

La version mise en scène par Bill Rauch est programmée par l’Oregon Shakespeare Festival jusqu’au 27 octobre 2018. Cette reprise, qui se joue à l’Angus Bowmer Theatre depuis le 18 avril, se démarque de l’œuvre originale par son intrigue et son casting.

On continue certes d’y narrer les amours de Laurey (Royer Bockus) et Curly, sauf que Curly est une actrice (Tatiana Wechsler) et non un acteur et que leurs amours hétéros sont aujourd’hui des amours saphiques. Quant à l’amourette entre Ado Annie et Will, elle se déroule dans la version remaniée entre Ado Andy (Jonathan Luke Stevens) et Will (Jordan Barbour), donc entre deux mecs.

Et le moins qu’on puisse dire, c’est que la bande-annonce donne furieusement envie d’aller voir ce spectacle malgré son kitsch assumé…

Après un premier moment de perplexité, le représentant des ayants-droit, Ted Chapin, a lu le texte remanié et validé la tournure LGBT de cette reprise d’une œuvre qui avait elle-même bousculé les conventions de son époque.

I just kept looking at it, thinking, man, you couldn’t have done this five years ago.
(Je continuais d’y jeter un coup d’œil en me disant, mon vieux, t’aurais pas pu faire ça il y a cinq ans. — Ted Chapin, dans American Theatre de septembre 2018)

Mais pourquoi donc avoir transformé des amours hétéros en amours homos ? Bill Rauch, qui vit avec son conjoint depuis trente-trois ans, explique en substance que lorsqu’il était plus jeune, son goût immodéré pour les comédies musicales était contrarié par leur hétérosexualisme militant. La transgression s’est d’abord faite par la race (avec des interprètes dont la couleur de peau ne correspondait pas à celle du rôle), puis par le genre (plus de rôles féminins ou féminisés) et enfin par l’orientation sexuelle. C’est ce que Bill Rauch explique, entre autres choses, dans cette interview :

Que ce spectacle soit aujourd’hui mis en scène par Bill Rauch semble parfaitement logique, puisque Lynn Riggs, l’auteur de la pièce originale (Green Grow the Lilacs), était lui-même homosexuel.

 

La machine de Turing, empathique et jubilatoire

Benoit Solès est acteur et dramaturge. Le dramaturge avait déjà eu l’occasion d’évoquer une autre icône gay, Tennessee Williams, dans sa pièce Appelez-moi Tennessee. L’acteur, surtout connu du public par ses nombreux rôles dans des films et séries TV, se singularise par son visage bienveillant et sympathique – bien qu’il milite à Paris pour un parti de droite, mais c’est une autre histoire. 😀

La machine de Turing

Amaury de Crayencour (g.) et Benoit Solès (dr.) : 1 + 1 = 4 (voire 5). ©Fabienne Rappeneau

Benoit Solès est à la fois l’acteur principal et l’auteur de La machine de Turing, une pièce mise en scène par Tristan Petitgirard. Certains l’ont vue à Avignon en juillet 2018, les autres pourront voir La machine de Turing au théâtre Michel du 4 octobre au 30 novembre.

Quatre personnages se partagent la scène, mais on n’en voit que deux. Il y a Alan Turing, qu’incarne Benoit Solès, et trois autres personnages qui ont marqué sa vie, tous interprétés par un seul autre acteur.

L’idée, astucieuse, est doublement jouissive. Benoit Solès, par sa bonne bouille et son magnétisme, pour autant qu’on puisse en juger par les photos de répétition publiées dans L’avant-scène théâtre n° 1446 en août 2018, semble être taillé sur mesure pour le rôle d’un Turing dont il reprend jusqu’au bégaiement, le plaisir d’acteur venant alors récompenser la fidélité biographique. Le fait de confier à un même acteur (Amaury de Crayencour) les trois autres rôles principaux – ainsi qu’un très bref quatrième rôle – procure un de ces tours de force scéniques dont les acteurs raffolent et qui instaure une complicité avec le public, lui-même friand de tours de force et de travestissements en tout genre.

J’ai lu cette pièce et la première chose qui vient à l’esprit, avant même d’en atteindre la dernière page, c’est que ça doit être jubilatoire à interpréter et à regarder jouer. L’écriture de Benoit Solès respire l’empathie et la bienveillance, offrant au lecteur une lecture fort agréable. Rien à voir avec ces œuvres de « théâtre documentaire », souvent quelconques voire médiocres, qui inondent les librairies et les programmations.

L’histoire ? L’homosexualité n’y constitue qu’un élément parmi d’autres, quoique plus important que les autres puisque c’est l’homophobie de la société anglaise qui a conduit Turing, pourtant l’un des plus grands génies de son époque, jusqu’au suicide. La trame de La machine de Turing fonctionne à manière d’un kaléidoscope, en associant trois éléments biographiques disparates pour composer un quatrième élément narratif.

Bref, une pièce accessible à tous les publics, où chacun trouvera matière à réflexion, en fonction de son propre regard et de sa propre grille d’analyse.

Dans Pourvu qu’il soit heureux, Laurent Ruquier évoque le (son ?) coming out

Signalons par ailleurs que L’avant-scène théâtre consacre son prochain numéro – celui de la mi-septembre 2018 – à la nouvelle pièce de Laurent Ruquier, Pourvu qu’il soit heureux. L’animateur, humoriste et dramaturge français y évoquera le thème du coming out tel qu’il est vécu non par le principal intéressé, mais par ses parents.

Cette pièce, d’inspiration apparemment très autobiographique, se joue à Paris au théâtre Antoine jusqu’au 30 décembre 2018. Vu les tarifs pratiqués (de 20 € à 61 €, le prix supérieur variant selon les jours), je me contenterai de lire la pièce et d’en dire quelques mots sur ce blog dans un autre article ou en complément de celui-ci.

Christophe Honoré ressuscite Les Idoles en Suisse et en France

Et puisque l’on parle de dramaturges français, on ne saurait passer sous silence l’un des plus connus, Christophe Honoré, dont la pièce Les Idoles est programmée du 13 au 22 septembre 2018 au théâtre Vidy-Lausanne, donc en Suisse. Le mois d’après et jusqu’en février 2019, cette même pièce entamera une tournée en France.

Les Idoles (ici en répétition)

Les Idoles, de Christophe Honoré (photo de répétition). ©Jean-Louis Fernandez

De quelles idoles s’agit-il ? De celles qui ont enchanté la jeunesse de Christophe Honoré avant de mourir du sida : les écrivains Bernard-Marie Koltès, Jean-Luc Lagarce et Hervé Guibert, les cinéastes Cyril Collard et Jacques Demy, ou encore le critique Serge Daney.

Ces figures aujourd’hui disparues sont librement réincarnées par les actrices Marina Foïs (dans le rôle d’Hervé Guibert) et Marlène Saldana (Jacques Demy) et par les acteurs Youssouf Abi-Ayad (Bernard-Marie Koltès) et Jean-Charles Clichet (Serge Daney), tandis que Jean-Luc Lagarce revit à travers deux acteurs (en alternance ?), Harrison Arévalo et Julien Honoré (Jean-Luc Lagarce).

À noter que Vidy + Forum organise, le 21 septembre 2018 à 18 h, un débat sur « Sexualité, genre et société ».

Milo Rau transforme un crime homophobe en œuvre d’art

Il pratique surtout le « théâtre documentaire », option meurtre ou génocide. Cette fois-ci, le dramaturge et metteur en scène suisse Milo Rau prend pour sujet la torture et le meurtre, à Liège, d’un jeune gay de 32 ans, Ihsane Jarfi, dans une pièce intitulée La Reprise. Histoire(s) du théâtre (I).

La Reprise

La Reprise, de Milo Rau. Au-delà du théâtre. ©Michiel Devijver

Ce crime à motivation clairement homophobe avait suscité l’horreur, en 2012, dans toute la Belgique, tant francophone que néerlandophone. Milo Rau et le scénographe Anton Lukas le restituent sur scène avec une minutie qui serait insoutenable sans toute la dimension métathéâtrale qui l’accompagne : la mise à mort est filmée sur scène, les acteurs ne cessent de questionner leur rôle et l’événement qu’ils restituent.

Le traitement ainsi distancié de ce fait divers en accentue l’horreur sans pour autant se vautrer dans le glauque ou le voyeurisme.

N’ayant pas vu ni lu cette pièce, je ne saurais émettre un avis. « On en a les larmes aux yeux », conclut le compte rendu de Fabienne Pascaud pour Télérama, dont je me suis servi pour écrire ce texte.

Les plus chanceux ont pu voir la pièce en mai à Bruxelles et en juillet lors du festival de théâtre d’Avignon 2018. Les autres peuvent l’applaudir, en néerlandais (surtitrage) et en français, au théâtre des Amandiers, du 22 septembre au 5 octobre 2018, dans le cadre du Festival d’automne.

Desasterkids met le metalcore allemand dans tous ses états

Un groupe de metalcore qui « représente la symbiose parfaite entre le rock moderne contemporain et une pincée de hardcore old school… »
Les Scorpions de Hanovre ? Non.

Un groupe de metalcore alternatif qui refuse « la pression et les problèmes de la scène métal dominée par les hommes hétéros blancs… »
Les Desasterkids de Berlin ? Oui !

Desasterkids

Desasterkids, quatre tatoués dans le vent… (photo courtesy of Red Toad Music)

La chaleur de cet été ne semblant guère propice à l’écoute de morceaux qui font monter la température, j’ai remis cela à plus tard. Mal m’en a pris, car j’ai manqué la sortie (début août 2018) de leur deuxième album intitulé Superhuman (Surhumain) et les premières dates de leur tournée estivale qui se termine fin septembre 2018 (à Hanovre, Wiesbaden et Berlin). Mal m’en a pris, car ce que je viens d’entendre me paraît de fort bonne qualité – pour qui aime ce style musical.

N’ayant aucune connaissance musicale précise et récente, j’ignorais à quoi peut ressembler le metalcore. Eh bien ça ressemble au clip officiel de la chanson « Oxygen » que voici…

Donc à mi-chemin entre le heavy metal de Motörhead, le punk avant-gardiste de Public Image Limited, le grunge de Nirvana et, ma foi, des sonorités glam rock pas si éloignées d’AC/DC – et plus particulièrement, dans cette chanson, de Def Leppard. Oui, je sais, mes exemples sont vieux car mon cerveau est resté jeune. 😀

La différence par rapport à leurs glorieux aînés et aux autres groupes de metalcore, c’est que les quatre Berlinois dans le vent (Andi Phoenix, Iain Duncan, Max Rosenthal et Tommy Hey) ne se contentent pas de faire gicler les riffs, les décibels et la testostérone dans leurs chansons. Ils parlent aussi de mode et d’homosexualité.

Leur dernier album parle beaucoup d’oppression, d’estime de soi vacillante, d’affrontement, d’égarement, de dérapage, de rupture, mais aussi d’affirmation de soi et de fierté.

Just Scream and shout
The choice is yours to make you proud
Just let it out
Because we are the here and now
Desasterkids, dans « Here and Now » (album Superhuman)

Pour se faire une idée plus complète, voici « Break Me », la première chanson de l’album Superhuman, avec des accents un peu plus électro et R&B.

Si tu veux en écouter plus, tu peux commander leur album ici (vas-y en confiance, on ne touche pas un centime sur les ventes).

Terrence McNally a le dernier mot

Puisque j’ai commencé ce long billet en évoquant Terrence McNally, je ne saurais le clore sans une citation du même dramaturge, dont je suis en train de lire la pièce la plus célèbre. Il dit notamment ceci dans la préface de Love! Valour! Compassion! :

The time has come to speak about gay theatre. Fortunately, that’s a phrase you don’t hear much anymore. Unfortunately, there was a time when that’s pretty much all that was said about a play if the characters and/or the playwright were out. Theatrical excellence or originality of mind were not held up for critical scrutiny if the play and its author could be labeled as gay. Rather, these plays and their playwrights were swept into a collective dust heap and marginalized as theatre written by a minority for a minority.
Terrence McNally, preface to Love! Valour! Compassion, 2015
(Le temps est venu de parler du théâtre gay. Heureusement, voilà une expression que l’on n’entend plus guère. Malheureusement, il fut un temps où c’était à peu près tout ce qui se disait d’une pièce si les personnages et/ou le dramaturge étaient sortis du placard. L’excellence théâtrale ou l’originalité de l’esprit n’étaient pas retenus pour examen critique si la pièce et son auteur pouvaient être catalogués comme gays. Ces pièces et leurs dramaturges se faisaient plutôt dégager d’un coup de balai vers les oubliettes collectives et marginaliser comme théâtre écrit par une minorité pour une minorité.)

Les temps semblent avoir quelque peu – voire beaucoup – changé en à peine deux décennies.

Aujourd’hui, de nombreux théâtres publics ou privés, connus ou avant-gardistes, n’hésitent plus à programmer des spectacles qui questionnent le genre, renversent les rôles ou mettent en avant l’inversion. Les plus aigris n’y verront qu’une outrance de plus, qu’ils subiront comme ils ont subi des mises en scène postmodernes, déjantées, iconoclastes, conçues par des artistes et metteurs plus ou moins inspirés, voire allumés.

Aujourd’hui, la critique n’évoque plus des gays et des lesbiennes qui écrivent des pièces de théâtre, mais des dramaturges qui se trouvent être gays ou lesbiennes – quand leur orientation sexuelle, même notoire, n’est pas tout simplement passée sous silence, car non pertinente aux yeux des critiques et du public.

Philca / MensGo

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