Gareth Thomas dévoile sa séropositivité et veut combattre la stigmatisation

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Gareth Thomas dévoile sa séropositivité et veut combattre la stigmatisation

(Blogmensgo, blog gay du 16 septembre 2019) Dix ans après son coming out, l’ex-joueur de rugby Gareth Thomas a révélé, le 14 septembre 2019, être séropositif. L’ancien international gallois de rugby à XV puis de rugby à XIII, qui avait mis fin à sa carrière en 2011, devient ainsi le premier sportif britannique de haut niveau à rendre publique sa séropositivité. Il fut aussi le premier international britannique de rugby à sortir du placard en cours de carrière.

C’est dans une vidéo sur Twitter que Gareth Thomas a révélé sa séropositivité, expliquant comment il l’a vécue et pourquoi il l’a rendue publique.

Cette révélation, explique-t-il d’emblée, il préfère la faire lui-même avant que d’autres – en l’occurrence, un tabloïd qui avait découvert son secret et le faisait chanter – ne le fassent d’une manière peut-être moins empathique. De fait, la BBC prévoyait de diffuser quelques jours plus tard, le 18 septembre 2019, avec son accord et sa propre participation, un documentaire consacré à la légende vivante des deux rugbys – et de la communauté LGBT.

L’interview diffusée par la BBC s’intitule Gareth Thomas: HIV In Me. Gareth Thomas était rémunéré pour cela, mais il a choisi de reverser son cachet à l’association The Terrence Higgins Trust, spécialisée dans l’information, le conseil, les thérapies et la diffusion des bonnes pratiques en matière de VIH/sida.

C’est avec une émotion visible qu’il dévoile son statut sérologique en exclusivité sur son compte Twitter.

I’m living with HIV. Now you know this information, that makes me extremely vulnerable, but it does not make me weak […]. I choose to fight to educate and break the stigma around this subject. […] I’m asking you to help me to show that everyone lives in fear of people’s reactions and opinions, but that doesn’t mean we have to hide.
(Je vis avec le VIH. Maintenant que vous le savez, cela me rend extrêmement vulnérable, mais sans me rendre faible […] J’ai choisi de combattre pour instruire et pour rompre la stigmatisation sur ce sujet. […] Je vous demande de m’aider à montrer que si n’importe qui peut craindre les réactions et opinions des gens, cela ne signifie pas que nous devons nous cacher.)
Gareth Thomas

Dès le lendemain et avant la diffusion du documentaire sur la BBC, Gareth Thomas révélait, dans une interview au Sunday Mirror (monnayée au profit de la même association), avoir découvert sa séropositivité il y a des années, mais sans préciser quand. Il crut alors n’avoir plus quelques années à vivre, sanglota dans les bras de la docteure qui lui avait indiqué l’issue du dépistage, redouta d’être considéré comme un pestiféré, préféra taire sa séropositivité – et songea au suicide.

Mais Gareth Thomas – son palmarès l’atteste – est un battant, un combattant hors norme, un athlète de haut niveau doté d’un caractère en acier trempé. Et en grand champion qu’il est, il a choisi d’affronter et de dominer son statut sérologique. D’abord avec un comprimé par jour et maintenant avec l’aide des médias et des réseaux sociaux. Pour faire connaître la vérité, pour combattre les clichés relatifs aux séropos et pour vaincre la stigmatisation dont ils font l’objet. Bref, l’homme aux 100 sélections internationales mène sa nouvelle équipe, celle des séropos médiatiques, en bon capitaine qu’il a toujours été.

Many people live in fear and shame of having HIV, but I refuse to be one of them now. We need to break the stigma once and for all. I’m speaking out because I want to help others and make a difference.
(Beaucoup de gens vivent dans la peur et la honte d’être séropo, mais dorénavant je refuse d’être comme eux. Nous devons briser la stigmatisation une bonne fois pour toutes. Si je m’exprime, c’est pour aider les autres et changer les choses.)
Gareth Thomas

Comme beaucoup de gens, Gareth ne connaissait aucun séropo ou sidéen lorsqu’il apprit sa propre séropositivité. Il ignorait presque tout de la pandémie, des antirétroviraux, de la trithérapie, de son actuelle quadrithérapie et du comprimé unique à prise quotidienne qui inhibe aujourd’hui son infection, la rend indétectable et intransmissible. Autrement dit, il était plus dévasté par ses propres préjugés, dus à l’ignorance, que par sa contamination au VIH.

Sans le chantage d’un tabloïd, il n’aurait sans doute pas révélé sa séropositivité au grand public. Et même après l’avoir fait, il dit craindre les réactions des gens.

But the truth is I’m still scared even now of people finding out I’m living with HIV and I’m s****ing myself and feel petrified about what the reaction will be, because we still live in an era where HIV is not spoken about.
(Mais la vérité c’est que j’ai peur encore maintenant que les gens découvrent que je suis séropo, j’en chie dans mon froc et j’ai une peur bleue de leur réaction, car nous vivons encore à une époque où l’on ne parle pas du VIH.)
Gareth Thomas

Cinq ans après avoir raccroché les crampons, Gareth épousait Stephen. Les deux hommes, aujourd’hui âgés respectivement de 45 ans et 56 ans, ne se connaissaient pas encore lorsque Gareth a appris sa séropositivité. Stephen, lui, n’est pas séropo.

Gareth Thomas occupait jusqu’à présent sa retraite sportive comme consultant en rugby pour une chaîne de télévision. Il mène aussi, à titre bénévole, des campagnes de lutte contre l’homophobie dans le football et a corédigé en 2018 un amendement législatif visant à proscrire les insultes homophobes lors des matches en général et en particulier dans les stades.

Cette même année 2018, il était victime d’une agression homophobe. Il a choisi de faire condamner son agresseur de 16 ans à une peine de substitution afin qu’il comprenne les conséquences de son geste, plutôt que de lui infliger une condamnation pénale.

Le 15 septembre, juste après l’annonce de sa séropositivité, Gareth Thomas participait à une course Ironman, afin de prouver que l’on peut parfaitement être séropositif et en bonne santé, voire pratiquer le sport de haut niveau. Il aura été ovationné pendant toute la course avant de finir le supertriathlon avec un certain retard sur le vainqueur – mais à l’applaudimètre, le vainqueur c’était bien lui.

Ci-dessous, une longue interview où Gareth Thomas évoque sa séropositivité, comment un journal l’a fait chanter, son nouvel état d’esprit (plus combatif que jamais), son parcours sur l’Ironman, ses projets, sa lutte pour une meilleure information sur le VIH/sida et contre la discrimination des séropos et des sidéens…

C’est cette même volonté de lutte contre les préjugés anti-VIH/sida qui devient désormais son nouveau combat médiatique. Un combat sans ballon ni placage, mais avec pour seules armes l’information, la démystification… et sa propre notoriété. Une partie de la famille royale et du gouvernement britanniques, ainsi que de nombreuses icônes sportives, l’ont félicité pour sa démarche et lui ont prodigué de chaleureux encouragements. Le match aller semble acquis. Le plus difficile reste à faire : terrasser l’adversaire – c’est-à-dire l’ignorance et la bêtise – au match retour.

Philca / MensGo

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