Le coming out de la sprinteuse indienne Dutee Chand prend tout le monde de vitesse

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Le coming out de la sprinteuse indienne Dutee Chand prend tout le monde de vitesse

(Blogmensgo, blog gay du 20 mai 2019) Double médaillée aux Jeux asiatiques 2018 et détentrice du record d’Inde sur 100 m, Dutee Chand, 23 ans, a publiquement révélé son homosexualité en indiquant être en couple avec une personne de même sexe, le 19 mai 2019. La sprinteuse devient ainsi, en Inde, la première icône sportive majeure à sortir du placard. C’est la dépénalisation de l’homosexualité par la Cour suprême indienne (6 septembre 2018) qui lui a donné « le courage de plaider la cause des droits LGBT et d’annoncer [sa] propre relation homosexuelle ».

Pour en savoir plus, on peut regarder ce reportage d’Odisha TV avec sous-titrage. On en saura donc plus… à condition de maîtrise la langue parlée dans le reportage ainsi que les sous-titres – peut-être de l’odia, langue officielle de l’Odisha.

On aura quand même pu comprendre au moins trois mots dans ce reportage : money, payment et blackmailing. On comprendra la présence de ces mots anglais dans le reportage par la lecture de ce qui suit.

Vitesse sans précipitation

Dutee Chand a révélé être en couple (depuis trois ou cinq ans, selon les sources) avec une jeune femme (19 ans ou 22 ans, là aussi les sources divergent), native comme elle aussi de Chaka Gopalpur, un village situé dans l’État d’Odisha, sur la côte orientale de l’Inde. Mais pas question de fonder un foyer pour l’instant, car l’athlète veut d’abord participer aux Jeux universitaires en juin 2019, puis aux Championnats du monde d’athlétisme en octobre 2019 à Doha et aux Jeux olympiques de 2020 à Tokyo. Elle n’envisage d’ailleurs une retraite sportive que dans cinq ou sept ans. Et pas question non plus de mariage dans l’immédiat, puisque l’Inde n’a pas encore légalisé le mariage entre personnes de même sexe. Mais les deux jeunes femmes ont bien l’intention de se marier et d’avoir des enfants.

La compagne de Dutee Chand est apparentée à sa famille. Son nom n’a pas été divulgué par la sprinteuse, afin de protéger leur vie privée.

Pourquoi un coming out maintenant ? Si les deux jeunes femmes ont choisi d’un commun accord que Dutee révèle leur homosexualité, c’est en partie grâce à la décision de la Cour suprême indienne. Mais c’est aussi parce que Dutee Chand et sa compagne redoutaient une dénonciation calomnieuse comme celle qu’avait subie une spécialiste indienne du 400 m et du 800 m, Pinki Pramanik, accusée de viol au motif qu’elle ressemblait à un homme.

Une famille très peu friendly

Depuis le coming out de sa sœur, Saraswati – l’aînée des six filles Chand et elle-même ancienne athlète – se répand dans les médias en affirmant que la chérie de Dutee et sa famille font chanter la sprinteuse afin d’obtenir une partie de sa fortune financière et foncière. C’est ce chantage, selon Saraswati, qui aurait précipité le coming out de Dutee. Et la grande sœur de demander au gouvernement qu’il protège Dutee Chand contre d’éventuels rapaces (en bon français, on appelle cela une demande de mise sous tutelle).

À quoi Dutee Chand répond que l’aînée des sœurs Chand a tenté de la faire chanter, l’a menacée de bannissement par sa famille et même d’emprisonnement. Cette même sœur a déjà fait déguerpir son frère sous prétexte qu’elle n’aimait pas la femme de celui-ci, affirme Dutee.

Et le père et la mère, que pensent-ils de l’homosexualité de leur fille ? La question valait d’être posée, car Dutee Chand ne les en avait pas informés avant de faire son coming out à travers les médias. Et la réponse n’a pas tardé, à travers une déclaration de sa mère aux médias :

We are shocked to know that Dutee is going to marry a girl. We are totally against this lesbian relationship.
Nous sommes choqués d’apprendre que Dutee va se marier avec une fille. Nous sommes totalement opposés à cette relation lesbienne.

Et la mère de reprocher publiquement à la plus célèbre de ses filles de ne pas lui avoir reversé sa prime des Jeux asiatiques pour l’aider à élever sa nombreuse progéniture, malgré des demandes insistantes.

En revanche, selon Dutee Chand, la famille de sa compagne connaît leur homosexualité, approuve leur sortie du placard et soutient leur initiative.

Tweet d'Ellen DeGeneres sur lecoming out de Dutee Chand

La sprinteuse a reçu de nombreuses marques de soutien sur les réseaux sociaux. « Je suis tellement fière d’elle », a notamment tweeté l’actrice et animatrice américaine Ellen DeGeneres, qui avait elle-même fait un coming out très médiatisé en 1997.

Qui est Dutee Chand ?

En Occident, Dutee Chand est surtout connue pour avoir été interdite de compétitions sportives en 2014 à cause de son hyperandrogénie (taux élevé de testostérone dans le sang), puis avoir pu reprendre la compétition dès 2015 après sa victoire devant une juridiction arbitrale. Mais en Inde, elle est aussi adulée qu’une star de Bollywood. Elle a notamment remporté, en Indonésie, la médaille d’argent aux Jeux asiatiques de 2018 sur 100 m et sur 200 m – les premières médailles continentales de l’Inde dans ces deux disciplines depuis respectivement vingt ans et seize ans. Et son record d’Inde sur 100 m (en 11,24 secondes) n’a pas encore été battu.

Dutee Chand n’est pas la première grande athlète hyperandrogène à révéler son homosexualité. Elle a été devancée par la reine mondiale du 800 m, Caster Semenya, qui vit depuis longtemps avec Violet Raseboya et l’a épousée en décembre 2016.

Au fait, pourquoi Dutee Chand a-t-elle encore le droit de concourir malgré son hyperandrogénie alors que Caster Semenya ne peut plus participer à des compétitions tant qu’elle n’aura pas fait baisser son taux de testostérone dans le sang (<5 nmol/L) ? Tout simplement parce que cette obligation ne concerne pas le sprint court, mais uniquement les courses pus longues, de 400 m jusqu’à 1.500 m et même jusqu’au mile. C’est d’ailleurs pour cette raison que Caster Semenya s’essaye désormais au 3.000 m, puisqu’elle a le droit de courir sur cette distance malgré son hyperandrogénie.

On parle bien ici d’hyperandrogénie, c’est-à-dire d’un phénomène parfaitement naturel, et non pas de dopage sous quelque forme que ce soit. Autant dire qu’il s’agit là d’une décision – imposée par l’IAAF, instance qui régit l’athlétisme – aussi stupide à titre sportif que moralement choquante. Demander aux athlètes hyperandrogènes de prendre des médicaments pour faire baisser leur taux de testostérone sanguin, c’est aussi stupide que d’interdire aux basketteurs trop grands de pratiquer le basket-ball, aux sumotoris trop lourds d’engager le combat ou aux jockeys trop légers de monter à cheval.

Et sur une piste d’athlétisme, que vaut Dutee Chand ? Quelques morceaux choisis d’une séance d’entraînement donnent un aperçu de son potentiel athlétique impressionnant…

Philca / MensGo

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