Les valeurs friendly s’affichent – la preuve par quatre

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Les valeurs friendly s’affichent – la preuve par quatre

(Blogmensgo, blog gay du 10 mai 2019) Affichage ou refus d’affichage ? Quatre initiatives militantes, sans lien entre elles mais concomitantes, entendent modifier – dans un sens plus friendly – la perception de l’homosexualité et de l’homophobie : le magazine américain d’informations générales Time et l’hebdomadaire sportif français L’Équipe Magazine ont choisi d’afficher des couples ostensiblement homosexuels à la une, le gouvernement canadien a choisi d’émettre des pièces de monnaie commémorant la dépénalisation de l’homosexualité, et Transport for London (TfL, l’équivalent de la RATP à Paris et de la BVG à Berlin) a choisi de refuser tout affichage en provenance de pays qui répriment l’homosexualité.

De ces quatre initiatives, laquelle est la plus courageuse, ou du moins la plus audacieuse ? Laquelle marquera le plus les esprits ? Et laquelle de ces quatre initiatives aura les répercussions les plus positives pour les communauté LGBT ?

Sommaire

Pete Buttigieg et son mari Chasten font la une de Time

Dans sa livraison du 13 mars 2019, l’hebdomadaire Time titrait son édition américaine – mais pas son édition internationale – sur la « famille présidentielle », ou first family en anglais. Autrement dit, un couple qui ambitionne de prendre la place de Donald Trump et son épouse à l’issue de la prochaine élection présidentielle aux États-Unis.

Pete et Chasten Buttigieg

La présidence des USA en ligne de mire, avec Pete Buttigieg (dr.) et son mari Chasten à la une ! ©Time

Et en photo de une, un couple masculin se tenant par le bras, avec de gauche à droite Chasten Buttigieg (né Glezman) et son mari Pete Buttigieg. Time prend certes bien soin de préciser que Buttigieg n’est pour l’instant qu’un maire en campagne présidentielle. Mais l’hebdomadaire américain fait un double pari audacieux : primo,, mettre à la une un simple candidat aux primaires du Parti démocrate, qui doit encore l’emporter sur dix-neuf adversaires pour s’imposer comme le candidat unique de son parti ; secundo, photographier Pete et Chasten en couple, exactement comme Donald et Melania, Barack et Michelle, George Jr et Laura, Bill et Hillary, George Sr et Barbara.

C’est la première fois qu’un couple homo fait la une de Time depuis son numéro de 2013 consacré au mariage entre personnes de même sexe. La différence par rapport à 2013, c’est que rien n’imposait la présence du couple Buttigieg à la une de l’hebdo, qui aurait tout aussi bien pu choisir des candidats démocrates plus connus que Pete Buttigieg.

La présence du maire de South Bend ne se limite pas à première page du magazine. Sept pages intérieures sont intitulées – non sans quelque irrévérence – The Mayor (le maire) et évoquent la vie, la carrière, le coming out et les valeurs de Pete Buttigieg. Au-delà des formules convenues et d’un discours plus ou moins formaté, je note l’attitude très positive de Buttigieg à l’égard des homophobes. Selon lui, un homophobe se révèle souvent un homophile en devenir, c’est pourquoi il ne condamne pas totalement leur attitude. L’expérience lui a prouvé qu’une réaction initialement négative peut se transformer, avec le temps, en une action beaucoup plus positive, voire militante.

La principale différence entre l’homophobie d’avant et l’homophilie d’après tient au niveau de connaissance et d’information des ex-homophobes concernant l’homosexualité et les homos. C’est précisément ce qu’apporte la présence de Pete Buttigieg à la une de Time : une connaissance mieux informée, donc potentiellement plus génératrice de sympathie pour les personnes LGBT que de rejet.

On notera que Pete Buttigieg emploie, sans doute à dessein, un mot cher à Barack Obama : audacity (audace). L’avenir dira si le cadet aura, comme son aîné, un destin présidentiel.

L’Équipe publie un numéro spécial sur l’homophobie dans le sport

Le quotidien sportif français L’Équipe ne s’est pas contenté de mettre un couple de sportifs gays à la une de son édition hebdomadaire datée du 4 mai 2019. Les deux hommes s’embrassent à pleine bouche tandis qu’ils jouent au water-polo. La photo a fait des vagues au-delà des piscines, inondant les réseaux sociaux ude commentaires tantôt enthousiastes, tantôt haineux, rarement indifférents.

Deux joueurs de water-polo gay s'embrassent à la unE de L'Équipe

Embrassez qui vous voudrez… parmi vos coéquipiers ! ©lequipe.fr

L’Équipe n’a pas limité son analyse à un article en catimini. Sur les 88 pages de son numéro spécial, presque tout l’espace rédactionnel se consacre à la perception de l’homosexualité et à l’homophobie dans le sport. La parution coïncide avec la diffusion à la télévision d’un documentaire cosigné par le footballeur gay Yoann Lemaire. « Contactés, plusieurs champions du monde français et Noël Le Graët, président de la FFF [Fédération française de football], ont refusé de s’exprimer », déplore le magazine sportif.

En tout bien tout honneur, c’est par une longue évocation de Justin Fashanu que débute le numéro spécial. Justin Fashanu, comme on l’a déjà lu sur ce blog, demeure l’unique footballeur professionnel de premier plan à avoir dévoilé son homosexualité en cours de carrière. Même son confrère Robbie Rogers avait pris sa retraite aussitôt après avoir révélé son homosexualité – et sans vouloir faire injure au footballeur américain, on admettra que Justin était beaucoup connu et populaire que Robbie.

Plusieurs athlètes, à l’image de la lanceuse de poids Laurence Manfredi, racontent leur homosexualité, leur coming out et les réactions de leurs proches, des autres athlètes et des supporters. L’Équipe évoque tout aussi longuement l’homophobie ambiante dans les stades en général, et en particulier les stades de football, que ce soit en France, en Angleterre, au Brésil ou au Mexique. Le sport amateur, notamment le football, n’est pas oublié non plus. Ce dossier aurait été encore plus pertinent s’il avait donné la parole à des arbitres de tout sport et surtout de foot, puisqu’une homophobie de fait règne aussi dans le corps arbitral.

Transport for London interdit d’affichage les pays les plus homophobes

Transport for London (TfL) interdit désormais toute publicité émanant de 12 pays fort peu respectueux des droits de la personne et qui répriment l’homosexualité d’une manière plus ou moins explicite, six de ces pays prévoyant une condamnation à mort pour les personnes « coupables » de relations homosexuelles.

Sadiq Kahn #EveryLoveMatters

Sadiq Kahn. Le maire de Londres est musulman et soutient les campagnes de sensibilisation LGBT, comme ici en 2018. ©Greater London Authority

L’agence publique des transports a d’abord interdit sur l’ensemble de son réseau, dès avril 2019, toute campagne d’affichage en provenance de Brunei, alors que le sultanat pétrolier venait d’annoncer une application stricte de la charia (loi islamique) prévoyant la lapidation à mort des femmes adultères et des homos.

Onze autre pays, tous à majorité musulmane, ont ensuite été interdits d’affichage. Par ordre alphabétique, et en italique ceux où les relations sexuelles entre adultes consentants de même sexe sont punies de mort : Afghanistan, Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Iran, Mauritanie, Nigeria, Pakistan, Qatar, Somalie, Soudan et Yémen.

TfL a motivé son interdiction d’affichage après avoir recueilli l’avis de l’Association internationale des personnes LGBTI (Ilga). Les 12 pays, leurs agences publiques ou parapubliques, leurs organes de communication, ainsi que toute régie publicitaire mandatée par eux, n’ont donc plus le droit de vanter les charmes de ces paradis homophobes.

Cette campagne volontariste, lancée par l’élue écologiste Caroline Russell, a été relayée d’une manière convaincante par le maire de Londres, Sadiq Khan (lui-même musulman), puis par TfL.

London Pride 2018

TfL ne se contente pas de soutenir la Pride (ici en 2018), il le prouve ostensiblement. ©tfl.gov.uk

Pour des raisons contractuelles, TfL n’a pas le droit de retirer au téléphérique londonien sa dénomination commerciale Emirates Air Line cable, dont le nom fait référence à une compagnie aérienne émiratie. Caroline Russell et d’autres activistes incitent TfL à n’autoriser aucune entité de pays ouvertement homophobes ou liberticides à briguer la succession d’Emirates lorsque sa convention de naming aura expiré.

Imagine-t-on, à Paris, la RATP et la régie publicitaire Mediatransports interdire au Qatar de vanter sa pétromonarchie, ses pétrodollars et sa proverbiale ouverture sociétale ? La réponse est dans la question.

La Monnaie du Canada, Royal Mint, célèbre l’amour LGBT par une pièce de monnaie commémorative

Au Canada, 1 dollar spécial LGBTQI en rouleau de 25

Plus qu'un dollar, vingt-cinq dollars. Plus que vingt-cinq dollars, un symbole fort. ©mint.ca

Égality/Equality. C’est sous cette désignation que le 23 avril 2019, la Monnaie royale canadienne (Royal Mint) a officiellement émis une pièce de 1 dollar « en l’honneur du 50e anniversaire de la décriminalisation de l’homosexualité au Canada ». Le dollar « égalité » affiche deux dates, celle de la dépénalisation de l’homosexualité au Canada (1969) et celle de l’émission de cette pièce exceptionnelle (2019). On y voit une image stylisée de deux personnes s’embrassant sous l’érable symbolisant le Canada.

Pour annoncer cette pièce de collection, rien de meilleur qu’un bref clip – très réussi – sur YouTube :

La pièce « égalité » n’est pas disponible à l’unité et elle coûte plus du double de sa valeur faciale, soit 54,95 dollars canadiens (36 euros) pour un rouleau de 25 pièces. Un tirage spécial de 15 000 rouleaux de 25 pièces est proposé hors des circuits commerciaux traditionnels, mais seulement pour les personnes résidant au Canada ou aux États-Unis.

À noter que Royal Mint a émis une seconde pièce « égalité », là aussi à 15 000 exemplaires et hors circuit traditionnel, mais pour une pièce de 10 dollars (6,6 euros) vendue à l’unité dans un écrin spécial. Son prix unitaire de 49,95 dollars canadiens (33 euros) s’explique par la composition en argent pur, par une fabrication en couleurs et par une numérotation de chaque exemplaire. On y voit là aussi deux personnes – apparemment deux hommes – s’embrasser entre les bandeaux equality et égalité.

Joe Average

Joe Average, le concepteur des pièces commémoratives LGBTQ2 au Canada. ©mint.ca

Les pièces 2019 Equality / Égalité 2019, dessinées par Joe Average (revers, « LGBTQ2 » et gender fluid) et Susanna Blunt (avers, reine Elizabeth II), rendent « un hommage spécial à la diversité, à la liberté d’aimer la personne de son choix et au cheminement vers l'inclusion ». Le tirage maximum est limité à trois millions d’exemplaires.

C’est en 1969 que le Parlement canadien dépénalisa les rapports homosexuels entre deux adultes consentants, la majorité légale étant alors de 21 ans. Joe Average est un artiste de Vancouver séropositif depuis 1984. Je présume, bien que cela ne soit pas précisé, que c’est lui aussi qui a conçu la bande-annonce vantant cette double émission numismatique pas comme les autres.

Pièce canadienne de 10 dollars LGBT

Il fallait au moins cet écrin pour saluer la pièce de 10 dollars la plus friendly au monde. LE cadeau idéal pour les LGBT. ©mint.ca

Le quarté dans l’ordre

Chacune de ces quatre initiatives a défrayé la chronique – et suscité la polémique, preuve que l’homophobie reste vivace même là où le mariage gay est légal – dans son propre pays. Petit rappel, par ordre d’apparition dans cet article :

  1. Pete et Chasten Buttigieg à la une de Time
  2. Deux sportifs se roulent une pelle à la une de L’Équipe
  3. Transport for London interdit d’affichage les pays homophobes
  4. Le Canada émet deux pièces LGBTQ commémoratives

Alors, quelle est la plus courageuse/audacieuse de ces quatre initiatives ? Personnellement, je place l’initiative numismatique canadienne très au-dessus du lot. Par ordre décroissant, mon quarté serait donc 4-3-2-1. Ou 4-1-3-2, sachant que mettre à la une d’un hebdo aussi prestigieux que Time Magazine le couple homo d’une personnalité politique est aussi révolutionnaire, aux États-Unis, que si en Europe on voyait la photo d’Adrien Rabiot, Lionel Messi et Cristiano Ronaldo sous-titrée « Je suis gay » à la une respectivement de L’Équipe, Marca et Corriere dello Sport.

Laquelle de ces quatre initiatives aura l’impact à la fois le plus marquant et le plus durable ? Bien malin qui saurait le dire. Et là, je ne me hasarderai à aucun pronostic.

Philca / MensGo

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