Les États-Unis ordonnent la cession de Grindr, l’appli de rencontres gays

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Les États-Unis ordonnent la cession de Grindr, l’appli de rencontres gays

(Blogmensgo, blog gay du 29 mars 2019) La Commission américaine pour l’investissement étranger (CFIUS) exige que le propriétaire chinois de Grindr vende son appli de rencontres gays, au motif que Pékin est susceptible de monter une opération de chantage contre les utilisateurs de Grindr. L’autre motif officiel tient à la sécurisation potentiellement insuffisante de Grindr, en particulier lorsque l’appli est utilisée par des personnes de l’administration américaine.

L’injonction de Washington

Washington affirme que les utilisateurs chinois de Grindr sont à la merci de Pékin, qui pourrait ordonner au propriétaire de l’appli la communication de renseignements personnels, voire confidentiels et intimes les concernant : pseudo, orientation et préférences sexuelles, statut sérologique, photos anodines ou compromettantes, etc. Autant d’éléments que le pouvoir central chinois serait susceptible d’utiliser pour un chantage, en menaçant de révéler l’homosexualité de telle ou telle personne.

Gays sur Grindr

Sur Grindr, il y a forcément un mec pour toi (copie d'écran).

La deuxième raison avancée par les États-Unis est que Grindr, notamment par son système de géolocalisation, pourrait servir à identifier ou localiser le personnel américain travaillant pour une agence officielle ou une administration. Autrement dit, Grindr constituerait une atteinte potentielle à la sûreté nationale (américaine).

Une administration Trump devenue gay-friendly ?

Pourquoi le gouvernement américain ordonne-t-il à une entreprise chinoise de vendre son appli de rencontres ? Parce que Grindr n’a pas toujours battu pavillon chinois, bien autre contraire. Créé en Californie en 2009, Grindr n’est devenu chinois que depuis 2018, quand le spécialiste du jeu en ligne Beijing Kunlun Tech a acquis l’intégralité de Grindr après avoir déjà acheté 60 % des parts en 2016. L’investisseur chinois aura déboursé près de 250 millions de dollars pour devenir l’unique propriétaire d’une appli de rencontres gays devenue une référence partout dans le monde entier, sauf en Chine.

De fait, les États-Unis fournissent le principal contingent d’utilisateurs, bien que leur nombre exact ne soit pas connu. Ce n’est donc pas la protection des gays chinois qui importe à l’administration américaine, mais celle des gays étatsuniens. Et plus particulièrement, la confidentialité des informations relatives aux Américains employés par des agences et des administrations.

Kunlun chercherait actuellement un repreneur pour Grindr, afin d’éviter des sanctions américaines synonymes de valorisation en chute libre, donc de moins-value financière. L’introduction en Bourse, envisagée ces derniers mois, ne semble plus d’actualité, du moins pas pour l’instant.

La phobie des fuites

Ce n’est pas la première fois que Grindr est critiqué pour sa mauvaise protection alléguée des données de ses membres. En avril 2018, selon Wikipédia, Grindr avait permis à des entreprises tierces d’accéder à des informations personnelles susceptibles d’inclure le statut sérologique.

Les données personnelles consignées sur Grindr sont-elles susceptibles de fuiter encore aujourd’hui ? Dans son mémo sur la protection de la vie privée, Grindr fournit une drôle de réponse :

While the Grindr App permits you to make certain items (e.g., Profile Information, preferences, opinions of other users, or other information) non-public, sophisticated users who use the Grindr App in an unauthorized manner may nevertheless be able to obtain this information and may be able to determine your identity.
(Bien que l’appli Grindr vous permette de rendre certains éléments [par exemple les informations de profil, préférences, opinions d’autres utilisateurs ou autres informations] non publics, les utilisateurs avertis qui utilisent l’appli Grindr de manière non autorisée peuvent néanmoins être en mesure d’obtenir ces informations et de déterminer votre identité.)

Autrement dit : vos données personnelles sont en sécurité ici – théoriquement.

Une mésaventure de ce type s’est récemment produite avec une autre appli de rencontres LGBT à capitaux chinois. De juin 2018 jusqu’en 2019, Rela, une appli pour lesbiennes et femmes queers, a stocké les données personnelles et les profils de 5,3 millions d’utilisatrices dans un serveur non protégé par un mot de passe. N’importe qui pouvait faire irruption dans le serveur et consulter le pseudo, la date de naissance, les mensurations, les préférences sexuelles, les centres d’intérêt et les mises à jour du statut de chaque membre.

Tarifs Grindr

Grindr, une appli (chère) sans garantie du gouvernement (chinois). (copie d'écran)

L’homosexualité est certes légale depuis 1997 en Chine, mais les gays et lesbiennes y sont encore fortement stigmatisés, en l’absence de toute loi contre les discriminations anti-LGBT.

Les États-Unis ne formulent aucune exigence à l’endroit de Rela ni d’applis de rencontres gays aussi populaires que Blued, pour la simple raison que ce sont des applis presque uniquement sino-chinoises, contrairement à Grindr.

Philca / MensGo

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