Crise à la rédaction du journal “Têtu”

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Crise à la rédaction du journal “Têtu”

LE MONDE | 16.08.07 | 15h59  •  Mis à jour le 16.08.07 | 15h59
Crise à la rédaction du journal "Têtu"
Le magazine gay et lesbien Têtu va mal. C'est le site Rue89.com qui l'a révélé dans un article publié le 2 août. En trois mois, six personnes ont été licenciées, dont le rédacteur en chef, deux rédacteurs en chef adjoints et un journaliste.

Trois d'entre eux, qui préfèrent garder l'anonymat, ont confirmé au Monde "l'ambiance délétère" régnant dans ce magazine fondé par Pierre Bergé, en 1995, et dirigé par Thomas Doustaly. "Personne ne peut accepter ces conditions de travail", dit l'un d'eux. Ils mettent tous en cause le comportement du directeur de la rédaction, jugé "autocratique", "colérique" et "violent". Ils évoquent même "des vexations et des humiliations".

La tentative de suicide d'un salarié administratif dans les locaux du journal, lundi 23 juillet, n'a fait qu'alourdir le climat. Cette personne explique son geste par des "mauvaises relations avec son supérieur hiérarchique direct". De son côté, la direction estime qu'il s'est agi seulement d'un "malaise" et non d'une tentative de suicide. Mais ce climat, à l'intérieur de la petite rédaction d'une vingtaine de salariés, "a évidemment de l'impact sur l'ensemble des employés", affirme l'un d'eux, qui a été licencié et regrette de ne pas avoir agi collectivement plus tôt.

Les difficultés remontent à plusieurs années, mais la crise est devenue plus aiguë à l'automne 2006. Fin octobre, l'ensemble des salariés signe alors une lettre à Pierre Bergé pour se plaindre du comportement de Thomas Doustaly. Celui-ci connaît à cette époque des problèmes de santé, qui le conduisent à s'absenter pendant presque trois mois. Yannick Barbe est alors nommé rédacteur en chef, à l'été 2006. Il sera licencié en juillet 2007.

"AMBIANCE DÉLÉTÈRE"

Au retour de M. Doustaly, en début d'année, un éditorial comparant la politique de Nicolas Sarkozy et celle de Ségolène Royal envers les homosexuels provoque de vives réactions dans la rédaction. "Il y a eu des discussions, mais cette réaction montrait surtout que certains rédacteurs ne savaient plus comment faire ce journal. Ils sont à l'origine de l'ambiance délétère, mais la crise s'est terminée avec leurs départs", estime M. Doustaly. Il s'affirme choqué de "les voir aujourd'hui tenter de détruire Têtu de l'extérieur". Le 8 août, dans une lettre à Rue89.com, M. Doustaly déplorait "que lui soit imputé un comportement aussi grave que le harcèlement moral (...) qui n'a jamais fait l'objet de la moindre poursuite judiciaire".

De leur côté, ces mêmes journalistes évoquent un "joli royaume de l'injustice" fait de "fortes disparités salariales" pour des postes équivalents. Selon eux, M. Doustaly bénéfice d'un salaire mensuel d'un peu plus de 11 000 euros.

Avec un tirage de quelque 50 000 exemplaires, le titre ne se porte pas très bien et la nouvelle formule, lancée cette année, n'a pas réussi à atténuer l'érosion du lectorat. La sortie du prochain numéro est toutefois prévue le 20 août, avec l'équipe réduite.
Victor Pouchet

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