Tout n’est pas triste dans la vie gay de Thierry Pfister

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Tout n’est pas triste dans la vie gay de Thierry Pfister

(Blogmensgo, blog gay du 18 novembre 2017) Seulement une demi-douzaine de rubriques, mais 23 articles en octobre et déjà 28 articles en ce mois de novembre 2017. Autant dire que le blog de Thierry Pfister, Tout n’est pas gay dans la vie offre à son rédacteur unique et septuagénaire une retraite de rêve : l’écriture – non stipendiée. L’auteur y entremêle actualité immédiate et considérations inactuelles, grande Histoire et petites histoires, réflexions sur l’homosexualité et sur ses prolongements thématiques, propos érudits et souvenirs personnels, clarté de l’expression et amphibologies volontaires.

Blog de Thierry Pfister

Un aperçu du tout nouveau graphisme – provisoire ? – en page d’accueil du blog gay de Thierry Pfister (capture d’écran)

Le nom de Thierry Pfister, quasi inconnu à l’étranger, n’évoquera des souvenirs qu’aux paléontologues de la politique, du journalisme et de l’édition. J’étais étudiant en édition-librairie quand il posta sa Lettre ouverte à la génération Mitterrand qui marche à côté de ses pompes (1988) et je n’étais déjà plus libraire ni éditeur l’année où parut Le cadavre de Bercy (1991).

Si l’on excepte ma brève fréquentation de quelques arrière-cours de la Mitterrandie, une carrière météorique dans le journalisme et un prénom de dinosaure, les similitudes entre Pfister et Philca semblent s’arrêter là. Lui est retraité et a le temps de pisser la copie, il est – ou a été – connu, moi je gaspille du pixel en attendant la retraite qui m’offrira enfin le temps de lire et de réfléchir à la célébrité que je n’ai jamais eue ni recherchée.

Et puis nos blogs respectifs sont totalement dissemblables. Du moins en apparence.

Le blog de Thierry Pfister n’est pas le produit d’un homme qui se contente d’écrire, mais d’un homme qui compose une œuvre. Ce n’est pas juste le blog d’un gay, mais l’expression d’une sensibilité et d’une prise de recul – avec ce qu’il faut de souvenirs personnels : Thierry en politique, Thierry et Michel, Thierry et les psys…

Dans son billet d’hier, il met une affiche du film Moonlight à la une. Pour parler du film ? Bien sûr que non. Ce film lui sert à la fois de révélateur d’une société, de modes et de tendances, de manières d’être, mais aussi de déclencheur de réflexions connexes, annexes ou consécutives et de tous les souvenirs qu’ils viennent à convoquer, par association d’idées et par esprit d’escalier. La formule a pour véniel inconvénient de changer abruptement de sujet ou de souvenance tous les trois ou quatre paragraphes.
(À vrai dire, j’ai moi aussi évoqué Moonlight sans vraiment parler du film…)

Le lecteur du blog de Thierry Pfister est ainsi convié à lire une œuvre à la fois construite (chaque article du blog) et qui formera, on le pressent, une brique dans le mur de souvenirs – poreux au bruit du monde – que l’auteur se proposera peut-être de rassembler en un seul volume. Sans doute un fort volume, si l’on en juge par la longueur des articles et par leur mise en ligne à rythme soutenu. Il ne lui restera plus qu’à trouver un titre aussi bon que Le temps me dure un peu d’Éric Ollivier (qui lui aussi, selon mon souvenir de lecture, n’hésitait pas à « balancer » sans en avoir l’air).

Bref, le blog de Thierry Pfister donne à lire une information à valeur ajoutée, c’est-à-dire qui prend le temps de la réflexion, ne se limite pas à la morne actualité et ne se contente pas d’une manière de penser binaire ou superficielle.

Pour rester à la fois dans l’immédiateté et dans la prise de recul, dans l’information et dans le révélateur sociétal, je profite du clavier qui me démange les doigts pour y aller, moi aussi, d’une petite anecdote en forme de fable où la réalité est à peine travestie.

Imaginons un blog qui souhaiterait parvenir au graal de la célébrité numérique. Le blog Yeswego sollicite d’une société – que par tropisme littéraire on nommera Gogol – l’onction de son instance hégémonique et ubiquitaire. La réponse de Gogol ne tarde pas : non, Yeswego ne polluera pas les hautes cimes de Gogol Actualigays !

[Update. Je découvre – avec stupéfaction – qu’il existe de vraies sociétés ou marques de commerce ayant pour nom Yeswego. Coïncidence involontaire, Yeswego ne visant à incarner aucune de ces entreprises ayant pignon sur web. Merci de bien vouloir en tenir compte.]

Les responsables de Gogol se disent « préoccupés par l’agrégation de contenus » sur Yeswego. Comme tout journaliste digne de ce nom s’honorerait en citant ses sources, le rédacteur de Yeswego mentionnait clairement, en bas de page, les moindres sources qui avaient pu servir de base ou d’appoint à un article, que ce soient des sources principales, secondaires, complémentaires, voire tout juste anecdotiques ou insignifiantes, la rédaction se chargeant d’aller au-delà de la « source d’information », donc le plus souvent au-delà d’une dépêche d’agence ou d’un communiqué de presse à peine retravaillés.

Gogol Actualigays fait même savoir que « les reportages originaux et la citation des sources font depuis longtemps partie » de son « éthique journalistique ». Et l’on comprend aussitôt que la simple mention d’une source même indirecte et anecdotique, d’une manière à la fois distincte et disjointe de l’article qui la précède – cette mention, selon les braves gens de Gogol Actualigays, prouve que « votre site publie des contenus agrégés ».

On ignore si la réponse émane d’un robot « intelligent », donc parfaitement crétin, ou d’un collaborateur humain qui n’a jamais écrit quoi que ce soit dans un organe de presse (sauf les contrats de publicité ou les bulletins de paye), ou bien d’un stagiaire (en robotique ou en journalisme). Le signataire de la réponse anonyme fait savoir que le cas échéant Yeswego doit patienter, avant de présenter une nouvelle demande, au moins soixante jours à compter de la date du refus non mentionnée sur le formulaire de refus.

Que le grand Gogol se rassure, Yeswego va patienter. Yeswego existe depuis une décennie, alors quelques mois de plus ou de moins, hein… Et patientera plus qu’il ne le faut. Entre-temps, grâce à cette formidable leçon de journalisme en ligne administrée par le géant ubiquitaire, Yeswego va s’appliquer à extirper toute source trop visible aux yeux des robots et des stagiaires.

Bref, je recommande la lecture de Thierry Pfister et de Tout n’est pas gay dans la vie. Où l’on découvrira que trois thématiques entrelardent son blog comme la ficelle autour du pavé (ça sent bon et c’est copieux), en l’occurrence la psychanalyse, la religion et la politique. Au moins, sur ce dernier sujet, est-on chez Thierry Pfister en terrain connu : il lit tout, il apprend tout, il accumule avec une patience de Pénélope, il n’oublie rien – son article sur François Fillon est là, entre autres joyeusetés, pour le confirmer.

P.-S. Thierry Pfister vient de publier son vingt-neuvième article de novembre 2017, avec une photo de Guy Hocquenghem pour attirer le regard. Le blogueur en a profité pour procéder à une complète refonte graphique – j’en profite donc pour supprimer un paragraphe frappé de péremption.

Philca / MensGo

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