Alain Claude Sulzer et Jonas Gardell : deux (bons ?) romans pour la rentrée

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Alain Claude Sulzer et Jonas Gardell : deux (bons ?) romans pour la rentrée

(Blogmensgo, blog gay du 4 octobre 2016) Deux romans étrangers qui viennent de paraître en français évoquent, chacun à sa manière, la difficulté d’être homosexuel et de s’assumer comme tel, quitte à s’exiler afin de vivre son homosexualité au grand jour. Il s’agit en l’occurrence de Post-scriptum de l’écrivain suisse Alain Claude Sulzer (qui, malgré son double prénom très français, écrit en allemand) et de N’essuie jamais de larmes sans gants, de l’écrivain suédois Jonas Gardell.

Sulzer est né en 1953, Gardell en 1963. Les deux romanciers, malgré la décennie qui les les sépare, sont aussi expérimentés l’un que l’autre. Tous deux ont déjà publié des « romances gays » dont le style n’a rien de commun avec les mièvreries hétéros ou homos publiées respectivement par Harlequin et Dreamspinner Press. Alain Claude Sulzer est publié en français par Jacqueline Chambon (groupe Actes Sud) et Jonas Gardell par Gaïa, deux éditeurs peu en phase avec la médiocrité du style et des sentiments.

Post-scriptum, d'Alain Claude Sulzer

Vient de paraître : Post-scriptum, d'Alain Claude Sulzer.

C’est en septembre 2016 qu’est paru, du moins en France, le dernier roman de chacun des deux écrivains. N’ayant lu aucun des deux ouvrages, je pense être parfaitement qualifié pour en parler. :mrgreen:

Dans Post-scriptum, Alain Claude Sulzer raconte l’histoire d’un géant du cinéma allemand, Lionel Kupfer (googler ce nom pour en savoir plus sur l’intrigue et pour lire de longues interviews de Sulzer en allemand). Kupfer est juif, Kupfer est homosexuel et nous sommes en 1933, tandis que Hitler entame son irrésistible ascension vers les sommets du pouvoir (et de l’horreur).

Certes, je n’ai pas lu ce livre de Sulzer, mais j’ai lu son roman le plus connu, publié en 2004 (titre original, Ein perfekter Kellner), salué en 2005 par le prix Schiller, en 2008 par le prix Médicis du meilleur roman étranger (titre français, Un garçon parfait) et en 2009 par le prix des auditeurs de la Radio suisse romande, connu aujourd’hui sous la désignation de prix du public de la RTS.

Les deux romans d’Alain Claude Sulzer présentent de notables similitudes quant à leur pitch respectif. Dans les deux cas, l’histoire se déroule en partie dans un hôtel de luxe en Suisse, un peu avant la Deuxième Guerre mondiale. Certains des protagonistes, sommités de la culture (littérature dans le roman de 2004, cinéma dans celui de 2016) sont juifs et s’exilent. Et surtout, dans les deux romans, l’intrigue fait état d’une passion amoureuse gay et de la trahison – ou présentée comme telle – de l’un des deux amants par son compagnon.

Post-scriptum serait-il donc une resucée d’Un garçon parfait ? Difficile pour moi de l’affirmer, puisque je n’ai pas lu le plus récent des deux livres. Quant à Un garçon parfait, j’ai bien aimé ce bouquin pour quelques pages très fortes sur la passion amoureuse, sur l’évocation du climat historique juste avant la tempête (et l’on songe alors plus au Joseph Roth de La marche de Radetsky qu’au Thomas Mann de Mort à Venise) et plus encore sur l’épisode du tabassage homophobe. Un livre à la construction habile et parfois lumineuse (rupture de la chronologie narrative, secret de famille, rebondissement de l’intrigue), dont j’ai moins aimé le ton peu chaleureux et le manque d’ambition stylistique : un style concis mais moins incisif qu’un scalpel, dont la langue s’élève parfois mais retombe aussitôt comme un soufflé auquel il manque un peu de souffle (problème de traduction ou style volontairement plat ?).

Un garçon parfait me semble idéal – car d’une lecture facile sans chercher la facilité – pour quiconque souhaite découvrir l’univers d’Alain Claude Sulzer. Mais les plus pressés voudront peut-être commencer par sa parution la plus récente, c’est-à-dire par Post-scriptum.

Quant à N’essuie jamais de larmes sans gants, de l’écrivain suédois gay Jonas Gardell, il s’agit d’une histoire d’amour(s) et de mort(s). En Suède, au début des années 1980, commence l’histoire d’amour entre Rasmus et Benjamin. À cette même période, une mystérieuse maladie qui aura pour nom sida sème la mort, d’abord chez les gays, en Suède comme ailleurs.

« Un témoignage unique sur les années sida, un roman bouleversant », selon les éditions Gaïa. En tout cas, un livre qui a bouleversé et enthousiasmé Jean-Luc Romero-Michel, lequel n’hésite pas à le qualifier de « chef-d’œuvre ».

Moi, j’hésite – mais uniquement parce que je n’ai pas lu ce bouquin. 😛

Ci-dessous, la bande-annonce française du livre :

Pour en savoir plus :

  • Post-scriptum, d’Alain Claude Sulzer (trad. Johannes Honigmann), éd. Jacqueline Chambon / Actes Sud, 2016.
  • N’essuie jamais de larmes sans gants, de Jonas Gardell (trad. Jean-Baptiste Coursaud aet Lena Grumbach), éd. Gaïa, 2016.

Philca / MensGo
Source consultée en premier : ActuaLitté, 4 octobre 2016.

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