Les mecs homophobes sont-ils tous des gays refoulés ?

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Les mecs homophobes sont-ils tous des gays refoulés ?

(Blogmensgo, blog gay du 10 juin 2016) L’homophobie masculine traduit-elle un dégoût des gays ou une secrète attirance pour eux ? Autrement dit, un mec au comportement très homophobe est-il vraiment révulsé par l’homosexualité ou bien s’agit-il d’un homosexuel refoulé ? Les deux explications coexistent parfois chez une même personne, selon des chercheurs de l’université de Genève, qui ont mis au point une méthode susceptible de faire la part des choses – d’une manière plus scientifique.

Mecs qui s'embrassent

Cette photo te choque ? Alors tu es peut-être gay – mais homophobe, du moins pour l’instant. ©123RF/lopolo.

Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est le plus homo(phobe) ?

Une étude menée par Boris Cheval, chercheur à l’université de Genève (faculté de psychologie et de sciences de l’éducation), a permis de mettre au point une méthode prédictive de discours ou comportements homophobes. Les résultats de l’étude, qui ont été publiés par le Journal of Sexual Medicine dans sa version papier de mai 2016, sont en ligne depuis le 19 mars (résumé), mais à un tarif exorbitant.

Ne pas confondre homophobe et homophobe

L’équipe de Boris Cheval s’est appuyée sur un panel de 38 étudiants volontaires – tous des hommes – ayant déclaré être hétérosexuels. Sans surprise, les chercheurs ont décelé deux sortes d’homophobes : ceux dont l’homophobie est conditionnée par leur milieu social ou leur éducation ; et ceux qui éprouvent une attirance intime pour les mecs tout en affichant une réaction d’hostilité à l’égard des gays. Le second cas de figure correspond aux fameux « homosexuels refoulés » dont tout le monde parle sans connaître ni mesurer l’ampleur du phénomène.

Boris Cheval accorde à ces homophobes-là autant d’intérêt qu’à leurs victimes :

« Cette catégorie de personnes nous intéresse car ces individus sont en réalité également des victimes. Une telle dissonance entre leurs impulsions intimes et leurs attitudes déclarées doit probablement avoir des conséquences négatives sur leur niveau de bien-être. »
(Boris Cheval, chercheur à la faculté de psychologie de Genève)

La méthode mise au point par Boris Cheval et son équipe met en lumière un double niveau d’homophobie, dont il existe toute une palette de variations. Il y a d’une part une homophobie « à froid », c’est-à-dire réfléchie, rationnelle, verbalisée, consciente. Et d’autre part une homophobie « à chaud », c’est-à-dire instinctive, émotionnelle, non dite voire inconsciente. L’étude de Boris Cheval évalue, pour chaque participant, les divers éléments – parfois contradictoires – qui structurent sa réaction et son niveau d’homophobie.

Une expérience novatrice

Des études antérieures ont cru prouver l’attirance d’un homme – y compris ouvertement ou secrètement homophobe – pour un autre homme en mesurant la réaction au niveau de la verge. Or, un gonflement de la verge peut aussi bien être attribué à une réaction de stress, de peur ou de défense, plutôt qu’à une secrète attirance.

Cheval et son équipe se sont donc focalisés sur le discours et sur le regard des participants, et non pas sur leurs parties génitales. Dans un premier temps, un questionnaire détaillé a mesuré les attitudes déclaratives de chaque sujet. Dans un second temps, il leur a été montré des images sur ordinateur, chaque sujet devant ensuite les classer selon qu’il les percevait comme étant de nature homosexuelle ou hétérosexuelle.

Gay Art (Parkstone)

Couverture du livre Gay Art de James Smalls (éd. Parkstone). Comment ne pas aimer une telle image ?

Les chercheurs ont vite constaté que l’attirance homosexuelle se matérialisait par une plus longue durée de visualisation des images de nature homosexuelle. Et ce, quels que soient l’attitude extérieure du sujet et son niveau apparent d’homophobie. Autrement dit, la nature et surtout la durée de réaction à des stimuli homosexuels constituent des facteurs prédictifs d’attirance homosexuelle, même chez ceux qui affichent un comportement ou un discours très homophobe.

Quelques incertitudes

L’étude de Boris Cheval a pour principal inconvénient de ne déboucher, pour l’instant, sur rien de concret. Il faudra d’abord la faire confirmer, puis en imaginer des applications pratiques. Une thérapie contre l’homophobie ? Difficile de tirer des conclusions dès maintenant.

Trois biais méthodologiques

Les résultats de l’étude sont-ils valables pour l’ensemble de la population homophobe masculine ? C’est peu probable, pour au moins deux raisons.

On notera tout d’abord que les participants ont été recrutés parmi des étudiants. Il s’agit donc a priori d’une population relativement jeune. Des conclusions manifestes chez une population jeune le seront-ils chez des sujets plus âgés, ou même chez des sujets encore plus jeunes ?

Les étudiants correspondent, par définition, à des gens qui ont un niveau universitaire. Les résultats obtenus seraient-ils similaires avec des participants au niveau d’éducation plus modeste ?

Enfin, la taille restreinte de l’échantillon (38 participants) produit vraisemblablement une marge d’erreur beaucoup plus significative que l’échantillon incluait plusieurs centaines de personnes.

L’autre face de l’homophobie

L’équipe de Boris Cheval n’a étudié qu’une facette de l’homophobie : celle des hommes à l’égard des gays. Et qu’une facette aussi de l’homosexualité : l’attirance des hommes pour d’autres hommes.

On peut maintenant rêver d’une étude plus exhaustive qui scruterait aussi l’homophobie masculine à l’égard des lesbiennes, l’homophobie féminine à l’encontre des gays ou encore l’homophobie des femmes contre les lesbiennes.

Quoi qu’il en soit, une étape méthodologique vient d’être franchie. L’avenir dira sur quoi elle va déboucher.

Philca / MensGo
(via 360° du 9 juin 2016)

2 réponses

  1. REPECAUD

    Je pense que l’homophobie est largement favorisée par la société ! On vit encore dans des sociétés judéo chrétiennes dans lesquelles l’homosexualité est encore largement perçue comme une tare ! même dans des pays comme la Grèce (qui devrait être à priori plus ouvert par tradition à l’homosexualité) les homosexuels sont bien souvent enfermés dans des monastères comme les météores où on admet plus ou moins une attirance de la part des moines pour les hommes mais qu’en fait on a pour ambition de réprimer ! le port du short est interdit pour les visiteurs masculins à l’intérieur des monastères . Moi même actuellement je vis dans une ambiance largement homophobe où l’on ne comprend pas l’homosexualité et qu’on condamne ! même si pour ma part je ne suis pas homosexuel mais bisexuel ! Mais il est fréquent que l’homophobe ramène la sexualité des individus à deux groupes : les hétérosexuels (qui rentrent dans la norme) et les homosexuels (les déviants ) ; en dehors de ça rien n’existe !!!

  2. philca

    Concernant l’omniprésence et l’omnipotence de l’Église orthodoxe en Grèce, on peut s’en faire une idée en lisant le roman – au demeurant plutôt médiocre – de Vassilis Alexakis intitulé Après J.-C., où l’on a l’impression que l’Église agit comme une mafia légalisée.

    À noter aussi que l’homophobie n’est pas l’apanage des homos. En lisant What Color Is Your Hoodie, de Jarrett Neal, dont j’ai parlé il y a quelques jours (ici), on comprend à quel point les principaux producteurs – américains – de films pornos gays véhiculent eux-mêmes des stéréotypes et des clichés racistes et homophobes (Neal est à la fois noir et gay). Heureusement que la démonstration de cet auteur, quoique convaincante, ne s’applique pas aux « petits » producteurs de l’industrie porno gay, plus prompts à ne pas obéir aux clichés habituels. Si tu lis l’anglais, son bouquin est assez intéressant (et il ne parle pas que de cul).

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