Bombastic, un magazine contre l’homophobie en Ouganda

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Bombastic, un magazine contre l’homophobie en Ouganda

(Blogmensgo, blog gay du 13 février 2015) Kasha Jacqueline Nabagesera a lancé, en décembre 2014, le magazine gratuit Bombastic à l’intention de la communauté LGBT d’Ouganda, mais aussi de la classe politique et de relais d’opinion. La périodicité dépendra des fonds disponibles.

Une de Bombastic

Cliquer pour agrandir. © Kuchu Times.

Bombastic est né grâce à un financement participatif et au travail de bénévoles en Ouganda et à l’étranger. Les 75 pages de la première livraison proposent des textes sous pseudonymes ou signés de vrais noms. La gamme des articles va du poème au pamphlet, de l’essai au plaidoyer, de la tranche de vie à la fiction, sans oublier un glossaire de trois pages et de nombreuses illustrations. Les signataires et autres participants ont pour ambition majeure de « parler pour les sans-voix ».

Kasha Jacqueline Nabagesera, 34 ans, est la cheville ouvrière de cette initiative. La fondatrice de l’association Freedom and Roam Uganda (Farug) avait reçu il y a quelques années le prix Martin Ennals pour la défense des droits de l’homme, en récompense de sa lutte courageuse et inlassable contre l’homophobie (cf. notre article du 15 octobre 2011).

Cette fois-ci, elle s’est appuyée sur sa page Facebook et sur le site LGBT interafricain Kuchu Times, d’où l’on peut télécharger la première livraison du périodique.

Outre la version téléchargeable en ligne, les 15 000 exemplaires de l’édition papier ont été distribués à la communauté LGBTI en Ouganda et aux faiseurs ou relais d’opinion.

Kasha Jacqueline Nabagesera a elle-même adressé de nombreux exemplaires à des personnalités politiques influentes, notamment au Parlement.
Trois têtes d’affiche de l’homophobie politique militante ont eu droit elles aussi à un exemplaire gratuit : la présidente du Parlement, Rebecca Kadaga ; l’auteur en 2014 d’une proposition de loi ultrahomophobe, David Bahati ; et le président Yoweri Museveni, dont l’épouse – qui ne ménage pas ses efforts à l’encontre de la communauté LGBT – aurait « refusé ne serait-ce que d’ouvrir » un exemplaire du magazine.

Un réseau informel de 138 bénévoles a également distribué le magazine aux médias et dans les églises.

L’homosexualité et la « promotion de l’homosexualité » sont théoriquement illégales en Ouganda. Des projets ou propositions de loi ont à plusieurs reprises tenté d’introduire des sanctions pouvant aller jusqu’à la peine de mort en cas de relations homosexuelles sur mineurs. Aucun de ces textes n’a encore été définitivement validé, pour cause de vices de procédure ou suite à des pressions internationales. Il était d’ailleurs question de réintroduire un texte similaire en fin d’année 2014 sur le bureau du Parlement.

Plusieurs médias populaires ougandais ont participé ces dernières années à des campagnes homophobes de dénonciation, d’outing, voire d’appel au meurtre (cf. notre article du 2 novembre 2010). Ils ont notamment publié les noms, adresses et photos de personnes présumées homosexuelles, à l’instar de Rolling Stone en 2010 (sans lien avec le magazine américain homonyme) et de Red Pepper en 2014.

Les pouvoirs publics ont officiellement interdit de telles campagnes de haine. Mais la stigmatisation, les intimidations voire les agressions publiques à l’encontre de personnes LGBT sont monnaie courante en Ouganda. Des gays et lesbiennes, craignant pour leur vie, préfèrent fuir à l’étranger ou vivre dans la clandestinité.

Kasha Jacqueline Nabagesera œuvre à visage découvert. Depuis qu’elle distribue son magazine à tout vent, de nombreuses voix la menacent qui d’une interpellation (par exemple Simon Lokodo, ministre ougandais de l’Éthique), qui d’un procès, qui d’un accident malencontreux.

Commentaire. Un ministre de l’Éthique dans un pays où de nombreux dirigeants sont notoirement corrompus ? Cherchez l’erreur.

En Ouganda, Dieu est amour mais nombre de ses sbires y sont ouvertement – et parfois même violemment – homophobes. Cherchez l’erreur.

Philca / MensGo
(via L’Express du 13 janvier 2015)

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