Mariage gay : Taubira et Assaf ont fait entrer l’Histoire à l’Assemblée

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Mariage gay : Taubira et Assaf ont fait entrer l’Histoire à l’Assemblée

(Blogmensgo, 31 janvier 2013) Il est rarement donné de comprendre, au moment où elle se joue, que l’Histoire est en marche. Le magnifique discours de Christiane Taubira devant……  l’Assemblée nationale française, mardi 29 janvier 2013, est l’une des rares exceptions qui confirment la règle.

Ci-dessous la présentation du projet de loi sur le mariage pour tous par Christiane Taubira, ministre française de la Justice.

Charles de Gaulle avait-il conscience, le 18 juin 1940, de prononcer un discours historique à la BBC ? Et ses rares auditeurs avaient-ils conscience d’entendre un discours historique, le fameux « Appel du 18 juin » ? Ni l’un ni les autres, peut-être, car les archives sonores n’auront gardé trace de ce discours que dans sa version radiodiffusée quelques jours plus tard.
Quand Christiane Taubira prononçait son discours avant-hier devant les députés, j’avais la certitude qu’elle prononçait là une allocution historique et elle-même, je crois, en était intimement convaincue.

J’ai raté les deux premières minutes du discours à cause d’une télécommande récalcitrante. Puis j’ai zappé entre BFMTV et iTélé à chaque interruption par un journaliste, oubliant de me fixer sur La Chaîne parlementaire pour plus de quiétude.
En retrouvant la vidéo du discours (cf. ci-dessous), il me semble que seules n’étaient pas impérissables les premières secondes, où la ministre, visiblement émue par l’enjeu, cherchait ses mots et sa voix.
La ministre a vite trouvé le débit, la justesse, les inflexions, les nuances et l’émotion propices à un discours serein, argumenté, documenté, inflexible et lumineux. Un discours prononcé sans notes et sans fausses notes. Un discours souvent applaudi par les députés de gauche, souvent hué par les députés de droite. Un discours qui m’a partagé entre le désir d’applaudir et le besoin de pleurer (de joie).

Oui, Madame Taubira, vous avez prononcé un discours historique.

Christian Assaf, député socialiste de l’Hérault, affirmait dès le lendemain à la tribune de l’hémicycle que « le temps du Triangle rose est révolu », afin d’appeler à un débat serein et sans arguments homophobes.

La référence aux Triangles rose, ces homosexuels que les nazis internèrent par dizaines de milliers dans les camps de la mort, n’a pas plu aux députés de droite, qui ont cru être comparés aux nazis.

Christian Assaf a toutefois, aujourd’hui 31 janvier, maintenu et confirmé ses propos :

« Si j’ai lancé ce message fort, ce n’est pas pour viser l’opposition. C’est pour soutenir la communauté homosexuelle. Pour souligner ce que ces gens subissent depuis des semaines, entre les insultes et les discriminations. Certains opposants, je dis bien certains, ont employé des termes et des images homophobes, des propos qui blessent et choquent non seulement les homosexuels, mais aussi leurs enfants et leurs proches. »

Et le député Assaf de préciser sa pensée :
« Les défenseurs du mariage homosexuel voient actuellement leurs téléphones, leurs boîtes mail et leurs courriers saturés par des menaces et des insultes. Ça engendre un climat nauséabond. Nous avons un devoir de mémoire, il est bon de se rappeler quel était le sort réservé aux homosexuels, dans notre pays, par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale… Et j’invite tout le monde, par la même occasion, à un peu plus de mesure. »

En France, avant le milieu du XIXe siècle, de nombreux citoyens refusaient d’abolir l’esclavage. Car si les esclaves demandaient aujourd’hui la liberté, ils réclameraient demain le droit de vote et après-demain des terres. Au nom d’autres droits fondamentaux, on leur interdisait un droit encore plus fondamental. Ces braves citoyens affirmaient, la main sur le cœur, n’être pas racistes.

En France, aujourd’hui, de nombreux citoyens refusent d’abolir l’interdiction faite aux gays de se marier. Car si les homos demandent aujourd’hui le mariage, ils réclameront demain le droit à l’adoption et après-demain le droit à la PMA et à la GPA. Ces braves citoyens affirment, la main sur le cœur, n’être pas homophobes.

Il ne fallait pas moins qu’un Victor Schœlcher pour faire abolir l’esclavage en France. Il ne faudra pas moins qu’une Christiane Taubira pour faire abolir l’interdiction du mariage homosexuel.

Taubira a conclu son allocution (cf. la vidéo ci-dessus à 27:40) par une citation du poète – guyanais comme elle – Léon-Gontran Damas :
« L’acte que nous allons accomplir est beau comme une rose dont la tour Eiffel assiégée à l’aube voit enfin s’épanouir les pétales. Il est grand comme un besoin de changer d’air. Il est fort comme le cri aigu d’un accent dans la nuit longue. »
Ce fut peut-être, à mon avis, la seule fausse note d’un discours qui, je l’espère, illustrera les manuels scolaires qui évoqueront l’adoption d’une loi sur le « mariage pour tous ».

Philca / MensGo

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