Gore Vidal est mort après avoir offert ses lettres de noblesse à l’homosexualité en littérature

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Gore Vidal est mort après avoir offert ses lettres de noblesse à l’homosexualité en littérature

Photo de Gore Vidal

Gore Vidal. Pas étonnant qu'il ait accumulé les conquêtes… ©Wikipedia/Carl Van Vechten.

(Blogmensgo, 2 août 2012) L’écrivain américain Gore Vidal, 86 ans, a succombé le 31 juillet 2012 aux séquelles d’une pneumonie. Romancier, essayiste et scénariste, Vidal s’était fait connaître en 1948 avec la publication de son troisième roman, The City and the Pillar (Un garçon près de la rivière), qui évoquait les amours homosexuelles de Jim Willard et Bob Ford. Le livre, très audacieux pour l’époque, fit scandale dans une Amérique baignant dans son jus de puritanisme et d’homophobie.

Après un passage à vide (pendant lequel il écrivit notamment pour une émission de télévision intitulée Philco), la carrière romanesque de Gore Vidal revint au premier plan dans les années soixante et soixante-dix, notamment en 1968 à travers Myron/Myra, transsexuel et héros de la comédie Myra Breckinridge à laquelle il donna plus tard une suite intitulée Myron.

Vidal aura surtout marqué l’histoire littéraire du XXe siècle par une importante activité en tant qu’essayiste, chroniqueur littéraire et politique (petit-fils de sénateur et ostensiblement démocrate), mémorialiste et polémiste. Ses querelles avec Norman Mailer, à colonnes ouvertes et à mains nues, ont fait le buzz pendant des années.

Bandeau Gore Vidal

Connu pour son écriture caustique (cf. ces quelques extraits) voire fielleuse, pour ses coups de gueule et ses attaques à l’emporte-pièce, Vidal aura porté ses coups les plus rudes contre les chantres de l’homophobie (parmi lesquels William F. Buckley Jr, écrivain obscurément connu aux États-Unis et inconnu ailleurs) et contre George W. Bush, qu’il considérait comme « l’homme le plus stupide des États-Unis ».
(Les États-Unis dominant le monde, George W. peut par conséquent être considéré comme le pire crétin de la planète.)

La valeur littéraire et les qualités stylistiques de Gore Vidal ont pâti d’une double étiquette, « écrivain homosexuel » et « roman historique », un tantinet réductrice. C’est d’autant plus réducteur que Vidal aurait également été un homme à femmes, avec parmi ses conquêtes autoproclamées l’écrivaine Anaïs Nin et l’actrice Joanne Woodward. Gore Vidal lui-même, selon sa très documentée et kilométrique nécrologie dans le New York Times, affirmait avoir eu plus de 1 000 aventures avec des hommes et des femmes avant d’avoir atteint l’âge de 25 ans.

Quoi qu’il en soit, c’est bien avec un homme, Howard Austen, qu’il vécut pendant plus d’un demi-siècle dont quarante années dans une villa de la Côte amalfitaine bordant le golfe de Salerne, en Italie. Les deux amants, aux dires de Vidal, n’auraient jamais dormi ensemble. Ils ont maintenant tout loisir pour se rattraper, au cimetière de Rock Creek, à Washington, où Howard repose depuis 2003.

“Homosexuality is as natural as heterosexuality. Notice I use the word ‘natural,’ not normal.”
(« L’homosexualité est tout aussi naturelle que l’hétérosexualité. Notez que j’ai employé le mot “naturelle” et non normale. »)
Gore Vidal, cité par Wikipedia.

Commentaire. J’aimais bien l’ironie sarcastique dont Vidal n’était pas avare dans ses chroniques journalistiques. Et j’ai aussitôt acheté quelques-uns de ses recueils d’essais, histoire de rattraper le temps perdu – ce qui est idiot, puisque le temps perdu ne se récupère jamais, à la différence d’un objet perdu sans valeur.

La personnalité de Gore Vidal pourrait faire penser à celle de Christopher Hitchens, mort prématurément il y a quelques mois. Tous deux étaient de brillants essayistes à la prose finement ciselée, largement polyglottes, immensément érudits, férocement ironiques, athées, de gauche et parfaitement incorruptibles. La différence tient peut-être aux personnages : autant Hitchens savait être modeste sans humilité et soucieux de son prochain comme de lui-même, autant Vidal était immodeste, infatué, pétri d’orgueil, bouffi d’ego et insensible à quiconque ne gravitait pas dans sa galaxie.

Philca / MensGo
(via toute la presse du 1er août 2012, dont Le Monde)

2 réponses

  1. Je ne sais pas trop comment interpréter ses dires “naturel pas normal”. Il a certes écrit sur ce thème et très bien, d’après ce que vous dites, mais qu’en était-il de sa réelle pensée vis à vis de l’homosexualité. C’est naturel donc on ne peut les blâmer mais ce n’est pas normal, on les accepte ou pas? c’est un sujet délicat, il me semble que son acceptation par la société sera encore longue. Publiquement les gens disent l’accepter mais dans le privé, je ne crois pas que ce soit vraiment le cas.

  2. philca

    Naturel au regard du règne animal, mais pas dans la « norme sociale » ou sociétale.

    On peut considérer qu’il était un gay (ou bi) militant, dans la mesure où, dans une Amérique puritaine et prémaccarthyste, il a osé mettre en danger sa quiétude et son avenir à travers les livres et sa propre carrière.

    Il s’agissait là un militantisme de grand courage, même si les mauvaises langues affirment que son objectif principal était de se mettre en scène, ce qui n’est pas absolument faut, au moins dans une certaine mesure.

    C’est vrai que les sondages montrent plus d’angélisme que la réalité de l’opinion. Aujourd’hui, par exemple, les Français prétendent vouloir plus d’émissions culturelles à la TV mais ils ne les regardent pas. Hier, les Français affirmaient être hostiles à la peine de mort tout en ne souhaitant pas vraiment son abolition. Idem avec tous les grands autres enjeux sociétaux : dépénalisation de l’homosexualité, avortement, vote des femmes, abolition de l’esclavage…

    Et aux États-Unis, je présume qu’il en va plus ou moins de même. Les sondages montrent que la légalisation du mariage gay divise l’opinion en deux moitiés presque égales. C’est dire que tout référendum sur le sujet se transforme ipso facto en loterie.

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