Soixante-six pays appellent à la dépénalisation de l’homosexualité

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Soixante-six pays appellent à la dépénalisation de l’homosexualité

Photo de Navi Pillay

Navi Pillay, haute commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, milite elle aussi en faveur d'une dépénalisation universelle. © ONU.

(Blogmensgo, 22 décembre 2008) Soixante-six pays, soit le tiers des membres de l’Organisation des Nations unies (ONU), ont lancé, le 18 décembre 2008, un appel en faveur de la dépénalisation de l’homosexualité lors d’une séance plénière de l’assemblée générale de l’ONU.

Le très catholique Vatican et plusieurs pays musulmans ont exprimé leur vive hostilité à l’encontre de ce texte, malgré son caractère non contraignant. Les pays traditionnellement homophobes comme la Chine et la Russie ont refusé de souscrire à cet appel auquel les États-Unis n’ont pas non plus donné leur onction. Les 27 pays de l’Union européenne, l’Australie, le Brésil, Israël, le Japon et le Mexique figurent parmi les signataires de l’Appel du 18 décembre – appelons-le comme ça, il le mérite bien.

L’Appel du 18 décembre s’appuie sur le début du premier article de la Déclaration universelle des droits de l’homme, disposant que « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ». Pour que cette universalité puisse prétendre être universelle, il faut qu’elle ne soit pas entachée de discrimination relative à « l’orientation sexuelle ou [à] l’identité de genre » des personnes. Les signataires dénoncent ainsi toute atteinte judiciaire, extrajudiciaire, sanitaire, économique, culturelle ou vexatoire à l’encontre des LGBT, en particulier la peine de mort.

L’homosexualité reste illégale dans 77 pays (soit plus d’un tiers des 192 États membres de l’ONU), châtiée par la peine de mort dans sept pays musulmans (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Iran, Mauritanie, Nigeria, Soudan, Yémen) ou à forte majorité musulmane (Nigeria). Le Vatican, se disant favorable à la dépénalisation, refuse toutefois d’avaliser un texte qui aurait pour conséquence de banaliser l’homosexualité, le mariage gay et l’homoparentalité. Environ 60 pays hostiles à l’Appel du 18 décembre ont signé un contre-texte assimilant les homosexuels à des pédophiles.

L’Histoire retiendra que l’appel à la dépénalisation a été prononcé par l’ambassadeur argentin Jorge Argüello. Plusieurs personnalités ont donné corps à ce texte, parmi lesquelles Rama Yade, secrétaire d’État française aux Droits de l’homme. Elle a coprésidé, avec Maxime Verhagen (fiche Wikipédia), ministre néerlandais des Affaires étrangères, la réunion de l’ONU qui a suivi l’Appel du 18 décembre.


Bandeau BlogMensGo


Commentaire. Faut-il se réjouir que si peu de pays aient soutenu l’Appel du 18 décembre ? Non, bien sûr. Faut-il se réjouir qu’autant de pays aient soutenu l’Appel du 18 décembre ? Oui, bien sûr.

Dans une interview, Louis-Georges Tin (interview | blog), président du comité de l’International Day Against Homophobia (Idaho), se réjouit en particulier que cinq pays africains (Cap-Vert, Centrafrique, Gabon, Guinée-Bissau, Maurice) aient rejoint les rangs de la dépénalisation, alors même que celle-ci n’est pas encore effective à Maurice [il faut ajouter un sixième pays africain, São Tomé et Príncipe, selon un communiqué d’Amnesty International diffusé par TV5 et signalé par le blog de Caphi]. Et Tin de souligner le rôle moteur du Gabon dans l’Appel du 18 décembre.

C’est la satisfaction qui l’emporte, pour cinq raisons :
1. Non seulement ce texte existe, mais il a été officiellement débattu au siège même de l’ONU et en séance plénière ;
2. Même si le nombre de signataires reste faible dans l’absolu, le texte a déjà permis de faire bouger les choses (participants africains, unanimité européenne malgré l’homophobie latente en Europe de l’Est) ;
3. D’autres pays seront, peu à peu, amenés à rejoindre les Soixante-Six ;
4. La haute commissaire des Nations unies pour les droits de l’homme, Navi Pillay (photo), a elle aussi demandé la suppression de toute discrimination à l’encontre des « lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres, transsexuels » ;
5. La stupidité du contre-texte est tellement flagrante qu’elle sert presque notre cause.

[Update (23/12). Hes-France a mis en ligne la vidéo de la déclaration lue à l'ONU. Info glanée via le blog de Gay Kosmopol.]

Philca / MensGo
(via toute la presse, dont L’Express, Le blog de Caphi et France Info du 18 décembre, Agence France-Presse, TV5 et Radio Vatican du 19 décembre 2008)

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